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Odontologie restauratrice - 1998

Les colorations dentaires : comprendre pour mieux traiter

Anne Claisse-Crinquette

Avant d'entreprendre une thérapeutique d'éclaircissement, il est capital de déterminer, avec précision, l'étiologie de la dyschromie qui oriente le choix de la méthode d'éclaircissement. Les résultats dépendent : - de la technique : fauteuil, ambulatoire ou combiné ; - de la rigueur du protocole ; - des produits, des concentrations et des temps d'application utilisés. Dans certains cas, ces techniques mal contrôlées peuvent être à l'origine de complications : résorptions cervicales externes, fractures secondaires ou récidives. Le but de cette séance vise donc à : - faire le point sur les étiologies dont dépendent le plan de traitement et le pronostic ; - présenter, en fonction des indications, les différentes méthodes utilisables sur les dents pulpées et dépulpées ; - exposer les limites et les risques inhérents à ces thérapeutiques ; - connaître les traitements préventifs et curatifs des complications.

 

Le sourire éclatant est, aujourd'hui, synonyme de beauté, de jeunesse, de séduction, voire même d'intégration et de réussite sociale. Le praticien est donc, de plus en plus souvent, confronté aux exigences esthétiques des patients et par conséquent, aux traitements des colorations dentaires.

Avant de prendre une orientation thérapeutique, il est capital de déterminer, avec précision, l'étiologie de la dyschromie. Le plan de traitement et le pronostic en dépendent.

? Les dyschromies extrinsèques, essentiellement liées aux habitudes de chaque individu, sont dues au dépôt d'un film ou de pigments sur la surface dentaire exposée. Elles s'éliminent facilement par les méthodes prophylactiques.

? Les dyschromies intrinsèques sur les dents pulpées peuvent avoir :
? des étiologies héréditaires (dentinogénèse ou amélogénèse imparfaites) qui relèvent, à ce jour, exclusivement de la prothèse ;
? des origines iatrogènes médicamenteuses (tétracycline, fluorose) qui peuvent répondre aux techniques d'éclaircissement par voie externe, mais dont les résultats s'avèrent décevants dans les cas sévères ;
? des causes "physiologiques". La fonction et l'âge favorisent la formation de dentine réactionnelle intra et péritubulaire, ainsi qu'une diminution du volume pulpaire. Les dyschromies consécutives à cette minéralisation excessive sont d'excellentes indications aux techniques d'éclaircissements ambulatoires.

? Les dyschromies intrinsèques sur les dents dépulpées sont essentiellement dues à :
? une atteinte pulpaire : dégénérescence du tissu pulpaire nécrosé ou hémorragie intrapulpaire ;
? une erreur thérapeutique : insuffisance d'ouverture de chambre pulpaire hémostase mal contrôlée ;
? l'emploi de certains médicaments ou de matériaux endodontiques, susceptibles d'engendrer des dyschromies.

Face aux colorations consécutives à un problème pulpaire, les techniques d'éclaircissement par voie interne s'avèrent très efficaces.

L'éclaircissement résulte d'une réaction chimique oxydative qui permet la libération d'un agent blanchissant : l'oxygène naissant. La réaction est accélérée et améliorée par l'association de plusieurs agents oxydants : eau oxygénée, perborate de sodium, peroxyde de carbamide de 10% à 35% et par des moyens annexes comme l'application de chaleur ou l'exposition à la lumière.
Cependant, l'origine, la situation, l'étendue, l'intensité des colorations, ainsi que la vitalité pulpaire et l'accès interne ou externe sont autant de paramètres qui orientent le choix de la méthode d'éclaircissement.

L'ECLAIRCISSEMENT DES DENTS PULPEES peut être réalisé en ambulatoire, au fauteuil ou en combinant les deux méthodes afin d'initier ou d'accélérer le processus (FISCHER et BAILEY, 1995).
Avant de commencer le traitement, il est nécessaire de réaliser des photographies initiales et un bilan radiographique, d'informer son patient et de lui donner toutes les recommandations nécessaires (devis, consentement éclairé). Des photographies finales et une fluoration systématique termineront le traitement.

? Pour la méthode ambulatoire, à partir d'empreintes précises des arcades, on réalise par thermoformage des gouttières en polyvinyle qui sont découpées avec soin au niveau des collets. Elles doivent être parfaitement ajustées au pourtour cervical, non iatrogènes et hermétiques.
Les réservoirs vestibulaires sont remplis de peroxyde de carbamide dont la concentration varie de 10% à 22% et les gouttières sont portées plusieurs heures, de façon diurne ou nocturne, à la convenance du patient (SHERE et coll., 1991).

? La méthode au fauteuil nécessite la mise en place d'une protection gingivale (digue photopolymérisable, vaseline, digue latex) avant l'application, durant 20 à 30 minutes, d'un gel de blanchiment plus concentré, donc plus efficace, mais plus irritant pour les tissus mous. Une source de lumière (scialytique) ou de chaleur modérée activent le processus d'éclaircissement. Les résultats dépendent des concentrations, des temps d'application et des produits utilisés.
Le peroxyde de carbamide à 35% semble aussi efficace, mais moins agressif que le peroxyde d'hydrogène à 35%. Il a donc notre préférence.

L'ECLAIRCISSEMENT DES DENTS DEPULPEES peut aussi être réalisé en ambulatoire, au fauteuil ou en combinant les deux méthodes.

? La méthode ambulatoire consiste à déposer dans la chambre pulpaire un mélange à base de perborate de sodium et d'eau et à sceller la cavité par un pansement étanche (type super EBA). Le produit est renouvelé tous les dix jours environ, jusqu'à l'obtention de l'éclaircissement souhaité (2 à 3 séances) (SPASSER, 1961).
La réaction est accélérée par l'association de peroxyde d'hydrogène à 35% au perborate de sodium, mais ce mélange doit être évité car il peut être à l'origine d'effets secondaires indésirables [résorptions cervicales externes (CVEK et LINDVAL, 1985), récidives (TITLEY et coll., 1993), fragilisation de la dent (LEWINSTEIN et coll., 1994) ].

? La méthode au fauteuil consiste à déposer dans la chambre pulpaire, durant 20 à 30 minutes, du peroxyde de carbamide à 35% afin d'obtenir des résultats immédiats.
La méthode thermocatalytique, très rapide et efficace qui consistait à chauffer une boulette de coton imbibé de H202 à 110 volumes, doit être définitivement abandonnée car elle est aussi à l'origine de complications (ROTSTEIN et coll., 1991).

Lorsque l'on connaît les EFFETS SECONDAIRES non négligeables liés à l'utilisation de certaines techniques d'éclaircissement et l'innocuité totale d'autres méthodes, notre éthique incite à connaître parfaitement les indications et les limites des différentes thérapeutiques, mais elle nous oblige aussi à savoir prévenir les risques et à gérer les complications éventuelles (ROSTEIN et coll., 1992).

Les techniques d'éclaircissement ne sont pas destinées à se substituer aux restaurations prothétiques, mais, grâce aux résultats constants et encourageants obtenus, ainsi qu'à la qualité croissante des nouveaux matériaux esthétiques de reconstitution, elles constituent une alternative thérapeutique intéressante et peu mutilante.

 
conferenciers
DR ALAIN GAMBIEZ - Dyschromies dentaires : des étiologies trop souvent méconnues.
DR ANDRE JEAN FAUCHER - L'éclaircissement des dents : atout préalable à une prothèse esthétique ?
DR ERIC BONNET - L'éclaircissement des dents dépulpées : des techniques efficaces, des limites à connaître, des risques à ne pas prendre.
DR RICHARD BUZZEGOLI - L'éclaircissement des dents pulpées : quelles alternatives thérapeutiques ?
DR CHRISTIAN PIGNOLY - L'éclaircissement des dents pulpées : quelles alternatives thérapeutiques ?
DR ANNE CLAISSE - Les colorations dentaires : comprendre pour mieux traiter
 
bibliography
Vital bleaching for aesthetic improvement. - FISCHER D., BAILEY J.H. - 1995
Pract Periodontics Aesthet Dent, 1995 ; 7 (8) : 61-64
At home vital bleaching : effects on stained enamel and dentin. - SHERE W. et coll. - 1991
Deckner Periodocals Publishing, Inc., 1991
A simple bleaching technique using sodium perborate. - SPASSER H.F - 1961
N.Y. State Dent J, 1961 ; 27 : 332-334
Adhesion of a resin composite to bleached and unbleached human enamel. - TITLEY K.C., TORNECK C.D., HUSE M.D., KMEC D. - 1993
J Endod, 1993 ; 19 (3) : 112-115
Effect of hydrogen peroxide and sodium perborate on the micro hardness of human enamel and dentine. J Endod, 1994 ; 20 (2) : 61-63 - LEWINSTEIN I., HIRSCHFELD Z., STABHOLZ A., ROTSTEIN I.
Effect of bleaching time and temperature on the radicular penetration of hydrogen peroxyde. - ROTSTEIN I., TOREK Y., LEWINSTEIN I. - 1991
Endod Dent Traumatol, 1991 ; 17 (5) : 196-198
Effect of different protective base materials on hydrogen peroxide leakage during intracoronal bleaching in vitro. - ROTSTEIN I., ZYSKIND D. et coll. - 1992
J Endod, 1992 ; 18 (3) : 114-117
External root resorption following bleaching of pulpless teeth with oxygene paroxide. - CVEK M., LINDVAL A.M - 1985
Endod Dent Traumatol, 1985 ; 1 : 56-60


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