
Quintessence
Environnement - 2001Les relations patient-praticien au cabinet dentaire : de l’accueil du patient à son dossier
JP BOITEUXLa qualité de la relation patient-praticien dépend beaucoup du premier contact avec l’équipe soignante. Rendre perceptible la capacité d’écoute de l’équipe, susciter l’expression des besoins du patient sont des éléments essentiels d’un accueil rassurant. Vient ensuite la constitution du dossier dans lequel sont recueillies les données administratives concernant non seulement le patient lui-même mais aussi les organismes sociaux obligatoires et complémentaires dont il dépend et qui sont aujourd’hui de plus en plus complexes. Les données bucco-dentaires seront notées dès le premier examen clinique qui pourra amener le praticien à effectuer ou demander des investigations complémentaires (photos, radios, moulages montés en articulateur). Enfin, une pathologie générale risquant d’interférer avec notre pratique sera systématiquement recherchée et des examens complémentaires prescrits en cas de nécessité. C’est alors qu’en possession de tous les éléments du dossier, nous pourrons proposer au patient une ou plusieurs solutions thérapeutiques et recueillir son consentement.
Le dossier du patient contient un ensemble de données qui doivent résumer son état général et son état bucco-dentaire au moment de la consultation. Il tient compte des éléments fournis par le patient lui-même lors de l’interrogatoire préalable au premier examen clinique et mentionne les raisons qui ont motivé la consultation.
Lors du premier contact , le praticien observe, en plus de l’impression subjective sur le comportement et l’état général du patient, tous les éléments qui participent à son état bucco-dentaire initial, l’état de ses dents, des muqueuses, du parodonte, la présence de prothèses, les habitudes d’hygiène, etc.
Tout patient mérite que soit réalisé un bilan global de son état bucco-dentaire dont l’importance et le développement seront fonction des éventuelles pathologies qu’il présente, en relation avec son hérédité, ses habitudes et l’ensemble des soins déjà réalisés.
L’examen clinique suit un fil conducteur classique: examen exo-buccal puis endo-buccal, souvent orienté dans un premier temps par les pathologies d’urgence qui ne doivent pas faire négliger un contexte qui influencera la décision thérapeutique.
La démarche diagnostique sera adaptée à l’âge du patient et s’appuiera sur les pathologies constatées lors de l’examen, la description des signes cliniques évoqués par le patient et les examens complémentaires indispensables à la mise en œuvre d’un traitement adapté.
Ces examens complémentaires immédiats seront essentiellement des clichés radiographiques au fauteuil, rétrocoronaires et rétroalvéolaires. Si besoin, ils seront complétés par des analyses de dépistages ou de confirmation clinique : bilan rétroalvéolaire long cône, cliché panoramique, téléradiographie, scanner, IRM...
Les clichés et analyse spécifiques seront indiqués dans tous les cas chirurgicaux et, en particulier, en implantologie.
Enfin, les moulages d’étude et les photos, souvent négligés parce qu’ils sont censés confirmer seulement un état connu, seront d’une grande utilité pour affiner un plan de traitement délicat, mais aussi comme référence d’une situation initiale qui sera vite oubliée.
La démarche thérapeutique adaptée ne sera possible qu’au prix de ces examens, cliniques, radiographiques et complémentaires, indispensables à l’établissement d’un bon diagnostic.
C’est à partir de tous les éléments de ce dossier qu’un plan de traitement raisonné aboutira à une démarche thérapeutique de qualité tenant compte de tous les paramètres bucco-dentaires, médicaux, généraux ou même personnels du patient.
Enfin, et surtout dans les cas les plus complexes, notre obligation d’information et d’obtention d’un consentement éclairé du patient avant toute décision thérapeutique, doit toujours rester présente à notre esprit lors de la constitution de ce dossier qui en sera la base d’explication la plus efficace. (Dr. Martine CHOTARD)
L’anamnèse médicale conditionne la prise en charge du patient en odontologie. Elle permet notamment de diminuer les risques médicaux lors des traitements entrepris. Deux principales méthodes d’anamnèse médicale, reposant sur l’utilisation d’un questionnaire écrit et/ou d’un interrogatoire oral, permettent de déterminer le risque thérapeutique sans ambiguïté. Le but de cette anamnèse est l’évaluation des risques infectieux, allergiques, hémorragiques, anesthésiques mais aussi les risques de complications possibles dues aux pathologies existantes actuelles ou anciennes, aux interactions médicamenteuses et enfin au stress.
L’historique médical complet doit contenir la date et les résultats des derniers examens médicaux, les détaiIs concernant une hospitalisation récente et surtout la fréquence et la posologie des médicaments pris par le patient. En cas de doute ou de besoin d’informations complémentaires, un contact écrit auprès du médecin traitant s’avère indispensable.
Notre attitude thérapeutique va donc être conduite selon l’estimation des risques infectieux, anesthésique et hémorragique. En fonction de la pathologie générale associée : cardiopathie valvulaire ou ischémique, immuno-dépression acquise ou thérapeutique, pathologies endocriniennes, respiratoires, il faudra définir le mode d’anesthésie le plus adapté (détermination de la classification ASA) et savoir associer, si nécessaire, une antibioprophvlaxie (classification d’Altemeier) à notre acte thérapeutique. Enfin, l’estimation du risque hémorragique doit être rigoureusement conduite en faisant appel, non seulement à des investigations complémentaires de l’hémostase, mais surtout en établissant une stratégie d’intervention avec le médecin traitant du patient, notamment dans le cadre de thérapeutique antiagrégante.
L’évaluation de l’ensemble de ces risques doit permettre au praticien de définir le mode et le cadre de l’intervention envisagée : intervention au cabinet du praticien ou en secteur hospitalier selon les critères de risques infectieux, anesthésiques et hémorragiques estimés.
Enfin, il est à préciser que la consultation préopératoire, nous permettant d’évaluer ces risques, doit également permettre au patient de bien comprendre le déroulement de l’intervention et de discuter les suites postopératoires prévisibles. C’est alors que nous devrons quantifier le stress du patient vis à vis de l’acte opératoire, souvent en relation avec des souvenirs d’actes bucco-dentaires antérieurs mal vécus. Nous serons donc amenés, si besoin, à effectuer une prémédication sédative afin d’augmenter le confort opératoire de notre patient. (Dr Sophie LEJEUNE)
Recevoir un patient, c’est entrer en relation avec lui. La relation à autrui peut paraître comme la chose la plus naturelle qui soit ou tout au moins la plus courante, mais elle ne doit pas pour autant ne relever que d’automatismes de pensées ou d’actions.
On distingue la relation humaine, qui relève de la solidarité et la relation sociale, dont une des formes est la relation professionnelle qui, elle-même, peut se différencier en relation d’aide, en relation pédagogique, en relation d’autorité.
On a actuellement tendance à privilégier, dans la formation, les aspects techniques et stratégiques de ces différents types de relation. Pourtant, les autorités scientifiques qui étudient le fonctionnement central se retrouvent pour reconnaître le côté prioritaire de l’aspect émotionnel sur le comportement raisonné.
L’accueil ne peut donc se résumer à un ensemble de techniques et de conventions sociales (domaine de l’avoir ) et doit, au contraire, intégrer une composante d’implications personnelles et de vigilance (domaine de l’être ). Vigilance parce que la relation à autrui se fait dans un climat ou cohabitent d’une manière plus ou moins consciente des contradictions de type rejet et attirance, qui ont pour origine des besoins fondamentaux, eux même contradictoires de liberté et de sécurité.
La prise de conscience des effets secondaires de la demande de prise en charge par autrui de certain de ses besoins (ce qui se passe dans la relation soignant-soigné) est un des facteurs essentiels qui concourt à l’établissement d’une véritable relation de confiance. (Dr. Hervé CARON)
La tenue d'un dossier complet et actualisé permet une approche globale du patient. Etablir un bon dossier du patient favorise un exercice de qualité plus rationnel.
Les objectifs de la bonne tenue des dossiers sont les suivants :
Au niveau clinique
- permettre une prise en charge globale du patient;
- améliorer la démarche du praticien pour optimiser son exercice;
- utiliser au mieux les données diverses recueillies dans le dossier pour se remémorer : l'anamnèse médicale et surtout les alertes médicales, les traitements effectués, le plan de traitement ;
- planifier les traitements et donc agir avec logique et sans perte de temps ;
- expliquer et discuter des traitements avec le patient à partir d'éléments du dossier ;
- avoir une trace des traitements effectués et pourquoi ;
- avoir un élément de référence pour les identifications.
Au niveau de la gestion
- favoriser la gestion administrative ;
- retrouver rapidement et sans risque d'erreur le dossier du patient ;
- favoriser la transmission des informations du dossier à un autre professionnel de la santé.
Pour atteindre ces objectifs, il est proposé d'établir un dossier pour chaque patient se présentant à la consultation.
Tout dossier doit contenir des données administratives nécessaires au bon fonctionnement du cabinet dentaire. Un certain nombre de données sont indispensables, d'autres seront recueillies selon les pratiques et la volonté du praticien. Il serait cependant préférable de les recueillir. Les données administratives, nécessaires à l'identification du patient, et les renseignements nécessaires pour gérer avec lui sa couverture sociale doivent être recueillis.
Un certain nombre de données cliniques, permettant d'établir un (ou plusieurs) diagnostic(s), les plans de traitement et le suivi des patients, doivent également figurer dans le dossier.
Le problème de l'organisation et de la présentation des dossiers des patients répond à quelques contraintes légales et à des considérations ergonomiques.
En effet, le temps consacré à l'établissement d'un bon dossier ne doit pas représenter uniquement une contrainte, mais doit permettre d'améliorer la gestion de son exercice quotidien. (Dr Anne-Marie OBRY-MUSSET)
Conférenciers
DR SOPHIE LEJEUNE - Le dossier médicalDR HERVE CARON - Laccueil du patient
DR PATRICK LIMBOUR - Le dossier médical
DR ANNE MARIE OBRY MUSSET - Le dossier administratif
DR MARTINE CHOTARD - Le dossier dentaire
DR JEAN PIERRE BOITEUX


