On n'édicte pas du règlementaire au doigt levé.

Publié le 26 octobre 2023

Comment évoquer la question du règlementaire ? Je dois l’avouer, j’hésite. Je veux à la fois l’aborder comme un coup de gueule et comme un coup de coeur. N’y voyez pas de l’indécision mais bien la preuve de la richesse et de l’étendue du sujet.

Tout d’abord, posons le cadre. Un cadre objectif, factuel sur lequel nous pouvons tous nous accorder :
la réglementation nous veut du bien.

Elle est indispensable à la sécurité de nos soins. Elle est vertueuse pour la santé de nos patients, mais aussi pour la nôtre et celle de nos équipes.
Elle améliore nos pratiques, conforte la confiance à l’égard de notre métier et élève la qualité de nos soins. Alors pourquoi la critiquer ?
 

Si la réglementation, qui doit être précise, bascule vers une approche trop pointilleuse, elle se pervertit et perd tout son intérêt. Si la réglementation se déconnecte des réalités métiers, elle s’égare et affaiblit toute notre profession.
Si la réglementation ne se nourrit pas de l’expérience des praticiens, elle devient un boulet dans nos organisations. Alors, comment trouver le juste équilibre ? Comment avancer sur ce fil sans craindre de se précipiter vers l’autoritarisme ou l’anarchie ? Je vois trois priorités pour y parvenir.

Tout d’abord, veillons à respecter les fondamentaux qui nous unissent et nous réunissent.

Sur le fronton de nos bâtiments publics, le mot Liberté s’affiche en premier. Nous y sommes toutes et tous très attachés. La règlementation peut donner l’impression d’aller à son encontre mais je ne le crois pas. S’il n’y a pas de règles, la liberté d’agir et de notre profession est menacée, la confiance de nos patients est alors ébranlée par le désordre qui devient très vite une nouvelle norme toxique qui peut se voir hors de nos frontières !

C’est là que surgit la deuxième priorité : le “pourquoi”.

Une réglementation doit avoir un but, un objectif fédérateur. Elle doit nous faire progresser, elle doit conforter nos engagements de prodiguer à nos patients les soins reconnus comme les plus efficients et de perfectionner sans cesse nos compétences. La réglementation doit nous permettre d’être meilleur et, lorsqu’elle y parvient, elle est pertinente et totalement justifiée. Elle devient un aiguillon bénéfique et utile. Il suffit d’observer avec satisfaction la gestion sanitaire de la crise du Covid par notre profession. Nous aurions pu être désarmés face aux bouleversements brutaux et rapides engendrés par la pandémie. La vérité est toute autre. Nous avons su réagir et adopter les bons gestes pendant toutes les semaines du confinement et l’ADF y a largement contribué. Nous n’avons pas édicté des recommandations pour édicter des recommandations. Nous avons abordé cette crise avec pragmatisme. Nous avons priorisé des gestes et des méthodes faciles et rapides à adopter afin de garantir la santé de chaque personne qui venait se soigner ou qui venait travailler dans nos cabinets.
Toute réglementation qui s’écarterait de l’ensemble de ces intentions nous éloignerait des raisons d’être de notre métier.

Ces postulats font le lien avec la troisième priorité, la plus importante à mes yeux. Veillons toujours à la place des praticiens dans l’élaboration des règlementations.

Il n’y a rien de pire qu’un technocrate ignorant de nos métiers pour décréter ce que nous devons ou ne devons pas faire. On n’édicte pas du règlementaire au doigt levé. 
Le règlementaire doit se nourrir de connaissances scientifiques éprouvées. Les chirurgiens-dentistes doivent compter parmi les parties prenantes des nouvelles règles à respecter. Sinon comment s’assurer de l’intérêt et de la faisabilité de nouvelles normes et pratiques ?

À titre plus individuel, je nous invite, nous les professionnels du monde dentaire, à prendre le temps car toute règlementation nécessite de la réflexion. Dans notre époque d’immédiateté, il y a un risque à confondre vitesse et précipitation. Certes, il est difficile de suivre la succession de changements règlementaires entre les directives européennes et les lois nationales, nous pouvons vite nous perdre. Notre métier est de soigner avant toute autre chose, pas de jongler avec des perplexités.

C’est pourquoi l’ADF est là pour vous aider. D’une part, nous accompagnons et formons notre communauté et, d’autre part, nous défendons ses intérêts en apportant notre contribution active aux différentes instances qui génèrent les nouvelles règles. Nous savons faire évoluer ces normes en les allégeant de leur complexité ou en les renforçant parfois lorsque cela est nécessaire.

À l’ADF, nous n’avançons pas seuls. Nous oeuvrons en concertation avec l’ensemble de nos associations membres, d’autres professions de santé ou d’experts. Nous ne gardons pas ces avancées pour nous seuls. Nous les partageons et les promouvons à travers les guides que nous éditons et supports numériques. Nos approches sont nourries de pragmatisme car l’ADF fédère des praticiennes et praticiens qui exercent toutes les semaines dans leur cabinet. Si nous cherchons à oxygéner l’esprit de nos confrères, nous ne sommes jamais hors-sol.

Nous défendons l’idée de règlementations intuitives, pétries de bon sens, faciles à appliquer. Patiemment, nous y parvenons. Lorsque ce sera la norme, je n’hésiterai plus. J’aurai un coup de coeur sans réserve pour la réglementation.

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