visuel-presse-communication


Haut

Environnement



Le rôle de l'équipe dentaire dans la prise en charge globale du patient
Version : 2003
Auteur : Frédéric Jamet

Le rôle de l’équipe dentaire dans la prise en charge globale du patient
Séance UFSBD du jeudi 27 novembre – 14h30 – 12h30 (B38)

La prévention est l'action de devancer : c'est- à dire s'attacher à la santé, anticiper la maladie, prévoir les conséquences de certains comportements, maîtriser les séquelles quel que soit le stade de la maladie. L'attitude de prévention est cette forme d'esprit qui aiguise le sens clinique, et qui entretient chez le clinicien la recherche constante de la bonne santé du patient. Lorsque, au travers de son diagnostic, le praticien se trouve confronté à des lésions carieuses du complexe dentaire, le chirurgien-dentiste va évaluer l’étendue de la maladie, qualifier son origine, calculer la fréquence probable d’apparition de nouvelles lésions, dépister les facteurs de risques bien avant d’envisager uniquement la gestion des séquelles. Comme l’a souligné le Dr Philippe Maysonnave, vice-président de l’UFSBD, cette attitude clinique répond au concept d’écologie dentaire.

Secourir, alerter, protéger : les trois règles de la prise en charge globale
Quelle est la conduite à tenir face à des lésions carieuses ? La prise en charge globale de la santé du patient reprend les règles du secourisme mais dans le désordre : à savoir Secourir, Alerter, Protéger. Devant la souffrance, le chirurgien dentiste va porter secours et assistance. Une fois suspendues les douleurs, le praticien alerte le patient et sa fratrie sur la prévalence (le nombre de nouvelles lésions sur un an ) et l’incidence (la fréquence d’apparition de ces lésions au cours de l’année) de la maladie carieuse. Puis ce clinicien de famille va tenter de protéger son patient par une analyse de la qualité et/ou du dysfonctionnement du régime alimentaire et par l’interprétation des facteurs de risques tels que : la qualité et quantité de salive, flore bactérienne individuelle, efficacité des soins déjà en place, comportements à risques, fréquence et efficience de l’hygiène bucco-dentaire dans le contrôle de plaque individuel.

Replacer la dent et non sa maladie au premier plan
L’équipe dentaire peut être qualifiée de solide, d’efficace, de dynamique lorsqu’elle fait naître avec le patient une relation empathique favorisant l’appropriation des messages de santé.
Le soin médical, l'acte technique est lié à la finalité de l'approche. L'attitude thérapeutique est guidée par le souci de réaliser l’incision de la dent de façon à accéder à toutes les parties contaminées par la maladie carieuse, mais tout en préservant au maximum les zones indemnes. Ce pari est plus facile à tenir aujourd’hui par l’apparition d’instruments de coupe de plus en plus petits, et de systèmes optiques qui permettent d’adapter l’oeil du praticien à la taille de ces mini instruments. Parallèlement les nouveaux matériaux de restauration ont totalement bouleversé les conceptions classiques de préparation dentaire. Au début du XXe siècle, les travaux de Black s’appuyaient sur des notions mécaniques de systèmes tenon-mortaise, où la dent prenait la place d’une simple mortaise. Les matériaux d’obturation, forcément métalliques, occupaient la première place dans l’inconscient du chirurgien dentiste. Au début des années 1960, c’est Buonocore qui innove par l’apparition de techniques qui assurent un collage parfait de matériau composite cosmétique sur l’émail des dents. L’amélioration de ces derniers composites, véritable émail de synthèse, le collage presque parfait où la liaison entre la dent et le composite fait l’effet d’une véritable « hybridation » (Nakabayashi), toutes ces améliorations permettent aujourd’hui de replacer la dent au premier plan, non sa maladie, et de respecter le moindre millimètre carré de sa surface. Quelle formidable révolution.

Relation avec le patient : l’importance du non verbal
D'après un dernier sondage, près de deux personnes sur trois refusent d'aller chez le chirurgien-dentiste du fait de la peur que ce dernier inspire. Tout le travail d'une bonne équipe dentaire réside justement dans la prise en charge parfaite du patient et dans le maintien de son confort permanent. Cette relation praticien-assistante-patient est difficile puisqu'elle repose sur des mécanismes qui touchent au « Moi ». Toute relation repose sur une petite partie verbale et une charge importante de non verbal, dans une proportion de 20/80 %. Si le patient entend ce que disent praticien et assistante, il « écoute » avec son vécu, ses expériences, ses émotions, ses peurs. Par delà, il va réussir à interpréter le non verbal conscient du praticien, mais surtout le non verbal inconscient de ce dernier lié à son état personnel, ses affects, etc. Patient, praticien, assistante vont donc réagir en essayant d’adopter un comportement les rendant capables de maîtriser les signes physiques extérieurs, ainsi que les émotions associées. La seule question que chaque acteur devra se poser c’est de savoir si l’adaptation du comportement permet à chacun de se sentir vraiment à l’aise, vraiment bien dans sa peau. L’objectif primordial reste la facilitation des actes préventifs et thérapeutiques. Tout au long de cet itinéraire, le Dr Henry Epinat ( conférencier à l’ADF) va nous conduire sur les chemins possibles du bonheur.

Les leviers du confort relationnel
Si l'imprévu au cabinet dentaire est marginal, il n'en devient pas moins pour chaque praticien l'équivalent d'une épreuve plus ou moins rude. Parfois cela peut générer certains traumatismes psychologiques, dont les conséquences sont graves puisque la répétition des mêmes circonstances peut conduire le praticien à se découvrir impuissant à soigner tel ou tel patient, voire même ne plus être en état d’assumer des stress. L’objectif du discours de M. Capel ( conférencier à l’ADF) est d’évaluer ses propres capacités comportementales et relationnelles. Conscient de ses capacités et de ses propres limites, le chirurgien-dentiste arrive à se rendre compte des situations récurrentes au cours desquelles les signes physiques (sueur, tachycardie, souffle cours, rougissement, assèchement buccal, etc.) résultent d’une interprétation par le raisonnement (intelligence, éducation, affects) des comportements (les paroles, les non-dits, les gestes, le rythme, les agressions) du patient. Pourquoi devant un carnet de rendez-vous comportant une vingtaine de noms pour la journée, un seul se détache comme s’il occupait tout l’espace ? L’enjeu se résume à ce que chacun puisse retrouver le plaisir de la relation patient-praticien.
Les leviers du confort relationnel découlent de la capacité à :
-raisonner juste ;
-apprendre à maîtriser les signes physiques (relaxation, respiration, etc.) ;
-jouer avec ses propres attitudes pour influencer les comportements.

Lever ses propres résistances
La réussite de la prévention au quotidien découle avant tout de l’appropriation du message par l’auditeur, confirmée par sa propre contribution sur le contenu. L'UFSBD propose tout à la fois le protocole scientifique de la démarche et un travail sur « l'auto-estime » du patient (amour-propre) et du praticien. Si la démarche de prévention est seule garante de la santé des patients, pourquoi alors existe-t-il des résistances à la mettre en pratique au quotidien ? Pour lever l'écrou, il est intéressant à chaque étape proposée de détailler le mécanisme du front du refus. Par exemple : « Pourquoi, à six heures du soir, je refuse de faire le sealant, voire le soin du sillon infiltré de la 46 du petit Grégoire, qui est infernal ?» La prévention passe par la recherche des barrières et la proposition de solutions pour les lever : « Quand te sens-tu vraiment en forme ? Pourquoi es-tu stressé(e) juste devant cet enfant ? Sont-ce ses parents qui te font peur ? Serait-ce la peur ou l’illusion de faire mal du mal ? De rater une anesthésie ? Serait-ce un trop faible rapport financier ? » Le Dr Didier Griffiths cherche à mettre en oeuvre des solutions pratiques et simples pour devancer ces résistances, ou réticences. N'oublions pas le bon mot qui rappelle que, pour monter, il faut toujours s'appuyer sur les résistances.

Source : Dr Frédéric Jamet

 
 
 
imprimer