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Médecine buccale



Cancers de la cavité buccale
Version : 2004
Auteur : Didier Gauzeran

CANCERS DE LA CAVITÉ BUCCALE
Séance B26 du jeudi 25 novembre 2004 de 9h30 à 17h30


En France, les cancers des voies aéro-digestives supérieures (VADS) - bouche, nez, pharynx, larynx, œsophage - représentent 8 % des cancers (autant que les cancers broncho-pulmonaires) et se placent au 4e rang, par ordre de fréquence, de l’ensemble des cancers.

Parmi eux 96 % sont des carcinomes qui sont des tumeurs malignes nées à partir des couches cellulaires qui composent la partie superficielle des muqueuses de recouvrement (l’épithélium). Les 4 % restants sont des sarcomes qui sont des tumeurs nées à partir des tissus de soutien de l’épithélium (tissu conjonctif) ou à partir des tissus plus profonds (os - muscles...).

Notre pays détient malheureusement le triste record de la première place en Europe et de la seconde place dans le monde, à la fois en fréquence et en taux de mortalité, pour les carcinomes des VADS. C’est donc un véritable et important problème de santé public.

Ces cancers qui entraînent des métastases facilement et rapidement ont un très mauvais pronostic (50 % de décès à 3 ans) et pratiquement aucun progrès thérapeutique n’est constaté depuis plusieurs décennies. Un des facteurs qui explique ce mauvais pronostic est le retard apporté au diagnostic
La majorité des cancers sont en effet diagnostiqués à des stades trop avancés, ce qui pose des problèmes de survie et de qualité de survie, tant les séquelles invalidantes des traitements anti-cancéreux sur le plan esthétique, fonctionnel et moral sont importantes.
En effet, lorsque le cancer devient cliniquement décelable, il a déjà environ 12 mois d’existence biologique


POURQUOI CE RETARD DIAGNOSTIC qui implique une perte de temps et donc une perte de chance thérapeutique pour le malade ?

- L‘ignorance, de la grande majorité de la population, de l’existence de cancers de la bouche ; (une récente étude menée au Québec en mars 2004 montre que seulement 39 % des québécois ont entendu parler du cancer de la bouche et que 56 % d’entre eux n’en connaissent pas les causes, en particulier le tabac !) ;
- La discrétion des signes fonctionnels des lésions cancéreuses débutantes ;
- La négligence du patient qui tarde à consulter (négligence aggravée dans 80 % des cas par le fait d’une imprégnation alcoolique importante) et pratique trop souvent la « politique de l’autruche » ;
- La « timidité » de certains praticiens qui ne pratiquent pas un dépistage systématique de la bouche et de la région cervico-maxillo-faciale chez les sujets à risque (tabac, alcool, personnes âgées, immunodéprimés, familles « à cancers ») ;
- Une prise en compte encore insuffisante de l’existence de lésions à risque potentiel de transformation maligne ;
- Une mauvaise éducation de la population face au tabagisme et à l’alcoolisme, de la part de l’État ;
- L’indiscipline de nos concitoyens concernant leur hygiène de vie.

La bouche est un organe très facilement accessible et ces cancers sont des lésions de surface donc très aisément visibles surtout par les praticiens mais aussi par les patients dans la plupart des cas. C’est pourquoi le dépistage devrait être sans problème.

Les chirurgiens-dentistes obtiendront de meilleurs résultats dans le pronostic de ces cancers par le dépistage, le diagnostic et le traitement précoce des lésions à risque, des lésions précancéreuses et des cancers débutants.

L’OMS et d’autres instances internationales considèrent qu’il est de la responsabilité du chirurgien-dentiste de dépister les lésions à risque, les lésions précancéreuses et cancéreuses. Il en est de même pour le médecin généraliste qui n’examine que très rarement la bouche de ses patients.

QUELLES SONT LES PRINCIPALES CAUSES DE CES CANCERS ?

- Le tabac reste le facteur de risque capital et se retrouve dans 80 à 90 % des cas;
- L’alcool n’est pas une des causes du cancer, mais son association avec le tabac multiplie par 6 le risque d’avoir un cancer.

Mais aussi :
- L’immunodépression (baisse des systèmes de défenses de l’organisme) comme dans le cas du sida ;
- L’âge : le sujet âgé est plus exposé ;
- Le soleil pour les cancers des lèvres ;
- Certaines infections virales ;
- Les irritations et traumatismes chroniques, dues en particulier à certaines prothèses dentaires amovibles anciennes et plus adaptées ;
- Une mauvaise hygiène bucco-dentaire ;
- Une alimentation déséquilibrée ;
- Des problèmes génétiques …


COMMENT SE PRÉSENTENT CES CANCERS ?

Il s’agit le plus souvent d’une ulcération ou d’une lésion en relief ayant l’apparence d’un petit chou-fleur de couleur rouge, ou rouge et blanchâtre, et qui ne guérit pas.

Une lésion qui dure, en particulier une ulcération, indolore et saignant souvent doit faire suspecter une lésion cancéreuse et doit amener le patient à consulter rapidement son chirurgien-dentiste. Un prélèvement (biopsie) s’impose alors au praticien, selon sa compétence, afin de confirmer ou d’infirmer le diagnostic clinique présumé.

Fait caractéristique, ces cancers reposent sur une base très dure qui déborde largement la lésion visible (un peu comme un iceberg dont on ne voit que la partie émergée).
Un carcinome peut aussi être révélé par l’existence d’un ganglion dans le cou, ganglion plus ou moins volumineux, indolore et de consistance très dure.


QUELQUES PARTICULARITÉS DES CARCINOMES

- Ils se développent dans 80 % des cas sur une muqueuse saine et dans 1 à 20 % des cas sur une lésion chronique pré-existante.
- Les malades peuvent développer plusieurs cancers en même temps au niveau des VADS.
- Dans 25 % des cas ces patients feront un second cancer dans les 5 ans.
- Les récidives post-thérapeutiques sont fréquentes.

LES LÉSIONS PRÉCANCÉREUSES

Il existe un grand nombre de lésions bénignes qui, dans certaines formes cliniques bien particulières et selon le terrain qui les abrite, peuvent subir une transformation maligne dans 1 à 20 % des cas selon les pathologies ; par exemple, les kératoses réactionnelles au tabac (lésions blanchâtres, plus ou moins en relief et qui ne se détachent pas de la muqueuse), le lichen plan, certaines mycoses candidosiques chroniques, les traumatismes chroniques …
Ces lésions sont suspectes lorsqu’elles ont un aspect érosif (ulcération très superficielle), et ou kératosique, donnant un aspect rouge parsemé de petits îlots blanchâtres de kératose.

QUEL RÔLE POUR LE CHIRURGIEN-DENTISTE ?

La campagne de sensibilisation au cancer de la bouche menée au Québec et les sondages s’y attachant (cités plus haut) montre que 79 % des québécois souhaitent que le chirurgien-dentiste fasse plus de prévention auprès des patients, en particulier concernant le sevrage tabagique. Voilà un rôle qu’il devrait développer rapidement.
Ces sondages montrent aussi que 50 % des québécois considèrent le chirurgien-dentiste comme étant le praticien médical le mieux placé pour détecter le cancer de la bouche, comparativement à 36 % pour le médecin généraliste. Et 72 % savent maintenant que leur chirurgien-dentiste peut détecter un cancer de la bouche.

Ce que le patient attend concrètement du praticien :
- L’implication dans le dépistage des maladies des muqueuses buccales en général. Il n’y a pas que le cancer qui présente un danger ! le chirurgien-dentiste doit pouvoir diagnostiquer et traiter les maladies de dermatologie buccale.
- Dans tous les cas, le dépistage des lésions à risque, des lésions précancéreuses et des cancers de la cavité buccale, surtout chez les patients à risque, lors de toute première visite. Ce dépistage peut sauver la vie !
- Une participation active dans la lutte contre le tabagisme.

Mais également :
- La préparation dentaire avant les traitements anti-cancéreux (radiothérapie, chimio…).
- Le suivi du malade pendant les phases thérapeutiques anti-cancéreuses : prévention des complications bucco-faciales, traitements de ces complications…
- Le suivi de ces malades après la phase thérapeutique, car certains d’entre eux feront des récidives ou d’autres cancers des VADS.
- La réhabilitation de la fonction dentaire permettant une vie plus digne et plus confortable.
- Le soutien psychologique. Il est très important pour le malade surtout s’il est fait dans le cadre du cabinet dentaire, endroit malgré tout plus « convivial » que les structures hospitalières plus lourdes. Le soutien est alors plus personnalisé.

Ce que le praticien attend du patient :
- Qu’il consulte dès qu’il présente un problème buccal ;
- Qu’il ne laisse pas traîner les choses en adoptant « la politique de l’autruche » et en se disant que cela va se guérir tout seul. Il vaut mieux consulter pour rien que de risquer de laisser passer quelque chose qui pourrait s’avérer sérieux ;
- Qu’il prenne conscience du fléau que représente le tabac, et son association avec l’alcool, en particulier en matière de cancer ;
- Enfin qu’il entende les conseils et les consignes que le corps médical lui donne concernant son hygiène de vie en général.

Source : Docteur Didier Gauzeran

 
 
 
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