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Pathologie/Chirurgie



Infections virales émergentes et chirurgie dentaire
Version : 2004
Auteur : Catherine Leport

INFECTIONS VIRALES ÉMERGENTES ET CHIRURGIE DENTAIRE
Séance C52 du vendredi 26 novembre 2004 de 14h30 à 17h30

Le chirurgien-dentiste, dans sa pratique quotidienne, est déjà et sera de plus en plus confronté à des infections virales qui le conduiront à modifier éventuellement son plan de traitement.
Il doit se préparer également à faire face à de nouvelles infections virales et à changer sa pratique.
Le congrès 2004 de l’ADF sera l’occasion de faire le point sur l’état actuel des connaissances des chirurgiens dentistes concernant les nouveaux virus et autres prions et d’étudier certaines pathologies d’actualité telles que la maladie de Creutzfeldt-Jakob ou le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) pouvant avoir une influence sur le traitement bucco- dentaire.


NOUVELLES DONNÉES SUR LES INFECTIONS VIRALES ÉMERGENTES

Les infections virales émergentes constituent un chapitre d’actualité du domaine des maladies infectieuses, sans doute parce que les moyens antiviraux restent, à ce jour, assez limités, et que la connaissance des mécanismes de défense de l’homme contre les virus est en plein développement.

On regroupe sous le terme d’infections virales émergentes, plusieurs entités distinctes :

a) des infections dues à des virus peu connus antérieurement, ayant donné lieu à des épidémies récentes, tels les virus des fièvres hémorragiques ;
b) des infections dues à des virus anciennement connus, évoluant au cours du temps avec apparition de nouveaux variants, contre lesquels les stratégies thérapeutiques et préventives élaborées précédemment sont peu actives, tels les virus grippaux ;
c) des infections dues à des virus très anciens qui avaient pu sembler écartés ou éradiqués et qui pourraient réapparaître, donnant lieu à des infections ré-émergentes, tels le virus de la variole.

La notion d’émergence est inhérente au concept de maladies infectieuses, évoluant par vagues épidémiques, passant par une augmentation rapide, puis une diminution plus lente du nombre de nouveaux cas, selon que le virus rencontre des conditions plus ou moins favorables à sa diffusion
Le caractère émergent commun à ces diverses entités est lié à la nouveauté de la situation épidémiologique, en un lieu donné, à la modestie des connaissances initiales et à une phase rapide d’acquisition de nouvelles connaissances ; les circonstances de survenue de ces infections sont diverses et incomplètement élucidées.

Il s’agit souvent d’infections à haut risque de transmission, avec une morbidité et/ou une mortalité élevées, sources d’une inquiétude collective, qui prend parfois le devant de la scène, entravant à la fois la prise en charge individuelle et la réponse adaptée collective à cette situation inédite.


1) PRINCIPAUX VIRUS RESPONSABLES D’INFECTIONS ÉMERGENTES, APPARUES DEPUIS ENVIRON 15 ANS.

Tableau : Principaux virus responsables d’infections émergentes

VIRUS FAMILLE PRINCIPALE PATHOLOGIE
V. de la variole Poxvirus Variole
Monkeypox Poxvirus syndrome varioliforme
West Nile Flavivirus Syndrome "grippal", formes neurologiques
Dengue Flavivirus Syndrome "grippal", formes hémorragiques
Fièvre de la vallée du Rift Bunyavirus Syndrome "grippal"
Fiévre hémorragique de Crimée Congo Bunyavirus Fièvre hémorragique
Agent de la MET Flavivirus Méningoencéphalite à tiques (MET)
Ebola Filovirus Fièvre hémorragique
Marburg Filovirus Fièvre hémorragique
Hantavirus Bunyavirus Syndrome pulmonaire aigu avec atteinte rénale
Nipah incertain Encéphalite
Coronavirus associé au SRAS Coronavirus Syndrome respiratoire aigu sévère
Métapneumovirus incertain Syndrome respiratoire
Myxovirus influenzae Orthomyxovirus Grippe et syndrome "grippal"
Virus respiratoire syncitial Metamyxovirus Bronchiolite du nourrisson
HHV 8 Herpes virus Sarcome de Kaposi
Virus rabique Rhabdovirus Rage
Enterovirus Enterovirus Syndromes neuroméningés, respiratoires, intestinaux et/ou cutanés

Les maladies concernées sont souvent graves, entraînant la survenue de complications hémorragiques ou l’atteinte du système nerveux central. La variole se présente comme une éruption vésiculo-pustuleuse fébrile, avec une mortalité de 30 à 50 %. Les infections respiratoires exposent à un risque élevé de transmission et l’apparition de grandes pandémies mondiales. Si l’infection à VIH n’est plus considérée comme une infection émergente, l’expérience acquise avec cette épidémie, devrait permettre de mieux enrayer et traiter ces « nouvelles » maladies.


2) CIRCONSTANCES DE SURVENUE

Elles sont variées, incomplètement élucidées, mais relèvent presque toujours de modifications intervenues dans les relations entre l’homme et son environnement, que ces modifications soient intentionnelles, et même mal intentionnées, comme dans le cas des infections en rapport avec le bioterrorisme, ou naturelles.

- La croissance et la mobilité de la population mondiale sont sans doute des facteurs importants. Le développement des moyens de communication permet l’irruption d’un nouveau virus en un lieu où il n’était pas présent antérieurement, et où l’homme est réceptif à sa multiplication rapide, alors que dans son habitat antérieur s’était institué un état d’équilibre avec les hôtes partiellement immunisés. C’est l’histoire de l’émergence du Monkeypox aux Etats-Unis.

- Les changements des comportements humains peuvent créer des circonstances favorables à l’apparition d’une virose émergente. La situation la plus caricaturale, en ce domaine, est le programme soviétique de militarisation du virus de la variole, maladie déclarée éradiquée par l’OMS en 1980.

- Un hôte intermédiaire animal est volontiers réservoir de nombreux virus. Tel est le cas des oiseaux, vecteurs du virus West Nile et de son introduction récente sur le continent américain. La proximité avec le monde animal permet, dans certaines conditions, le passage d’un virus adapté à une espèce animale à l’homme, chez lequel son pouvoir pathogène s’exacerbe. Il en est ainsi des virus de la grippe aviaire (contact avec la volaille), du coronavirus du SRAS (contact avec la civette), du virus Ebola (contact avec le chimpanzé)…

- Des variations climatiques, possiblement influencées par les comportements humains, peuvent être à l’origine d’épidémies virales. La télésurveillance, en plein essor, utilisant des moyens satellitaires, en liaison avec de spécialistes du Centre national d’études spatiales, peut permettre de dépister de tels phénomènes et d’anticiper une épidémie.


Ainsi, et sans user abusivement du principe de précaution, il apparaît qu’aujourd’hui, l’homme ayant réalisé des progrès scientifiques et techniques considérables, se doit d’imaginer, de prévoir, et de veiller aux conséquences néfastes de ces progrès, en terme de risque d’infections virales émergentes, tant il est clair que l’histoire des relations entre l’homme et les agents infectieux est en perpétuelle évolution.


Source : Professeur Catherine Leport

 
 
 
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