visuel-presse-communication


Haut

Odontologie pédiatrique



Alimentation, fluorures, scellement des sillons : Un plan d'action en 3 axes de la prévention anti-carieuse chez l'enfant
Version : 2005
Auteur : Hervé Foray, Sylvie Dajean Trutaud, Dominique DROZ-DEPREZ

« Si tu ne veux pas avoir de caries, brosse-toi les dents ! » Quels parents n’ont pas répété cette injonction à leurs petites têtes blondes ?

Si l’hygiène bucco-dentaire est un pré-requis nécessaire dans la prévention anticarieuse chez l’enfant, elle n’est pas suffisante, car dans le jeune âge l’efficacité du brossage n’est pas optimale. De nombreux efforts restent encore à fournir sachant que 30% des enfants sont encore porteurs de 70% des caries. Il est donc important d’élargir le cadre préventif : alimentation, fluorures et scellement de sillons représentent 3 grands axes à ne pas négliger dans la chasse aux caries des petits !

LE COMPORTEMENT ALIMENTAIRE DE L'ENFANT : COMMENT EN FAIRE UN ALLIE DE LA PREVENTION ? - Hervé FORAY

Le facteur alimentaire constitue une piste de prévention anti-carieuse nécessaire compte tenu de la limite atteinte par certains moyens de prévention et compte tenu de l’évolution du comportement alimentaire des enfants. Le mauvais comportement alimentaire de l’enfant aboutit à une situation qui inquiète les autorités sanitaires, puisque 10 à 16% des enfants sont, selon leur âge, obèses. Signe de cette inquiétude, les études se multiplient pour mieux évaluer et mieux comprendre cette évolution. De récentes publications prouvent par ailleurs une corrélation entre carie dentaire et surpoids chez l’enfant.

Il est donc nécessaire d’informer, de dépister et de corriger précocement les mauvaises habitudes alimentaires dans le cadre d’une éducation globale à la santé des enfants et de leur entourage. La petite enfance, voire la période d’allaitement, prépare le comportement alimentaire de l’enfant et de l’adolescent et devrait permettre l’acquisition des bonnes habitudes.

La responsabilité du saccharose dans l’étiologie carieuse est un fait acquis, mais d’autres glucides sont aussi responsables.
La consommation de sucres simples (saccharose, fructose, lactose, glucose) a diminué, celle des sucres complexes (amidons) est constante, et celle des sucres ajoutés dits sucres « cachés » est en augmentation impressionnante sans que le consommateur en soit conscient. Dans le but d’une bonne information du consommateur, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments recommande cette terminologie pour l’éducation nutritionnelle via l’étiquetage.

La fréquence de consommation et le temps de contact des aliments en bouche sont des facteurs essentiels dans l’apparition des caries. Le comportement de grignotage expose fortement l’enfant au risque carieux ; hélas, le conditionnement de certains aliments l’encourage : biberon incassable pour le nourrisson ou le jeune enfant, céréales sous forme de barres, briquettes de jus de fruit, produits lactés en mini-bouteille....

Un point essentiel est réservé à la consommation de boissons plus ou moins sucrées et dont certaines contiennent des additifs, en particulier des acidifiants néfastes pour la denture. La correction des mauvais comportements alimentaires passe aussi par un contrôle de la publicité télévisée car un enfant est beaucoup plus soumis qu’un adulte à celle-ci pour des produits alimentaires particulièrement sucrés.

Enfin, une alimentation variée en goût mais aussi en texture doit être promue. L’enfant ne peut pas rester cantonné dans un mode alimentaire mou ou prémâché, la mastication doit être stimulée dès le plus jeune âge. Autant de recommandations nutritionnelles pour baliser le chemin vers une bonne santé bucco-dentaire en particulier, mais aussi vers une bonne santé en général.


LE FLUOR : POURQUOI, POUR QUI, COMMENT ? - Sylvie DAJEAN TRUTAUD

La prescription des fluorures a beaucoup évolué ces dernières années : d’une fluoruration « de masse », la profession dentaire s’oriente vers une prescription personnalisée en fonction de l’environnement de chaque enfant. Il est donc utile d’intégrer dans le dossier du jeune patient toutes les données qui permettront de faire un bilan fluoruré, base à partir de laquelle le praticien adaptera ses conseils et ses prescriptions.

L’objectif est d’utiliser de la meilleure façon possible, aux différentes étapes de la vie de l’enfant, les formes disponibles de fluorures, afin de protéger au mieux ses dents et éviter le risque de fluorose dentaire, même légère.

À toutes ces étapes, l’apport de topiques contenant des fluorures doit être privilégié. Après évaluation du risque carieux et bilan des apports fluorés, le choix des vecteurs de fluorures, de leur dose et rythme d’administration doit être effectué en fonction du terrain. Toute prescription de fluor doit être personnalisée, adaptée à chaque enfant, pour un effet thérapeutique maximal et un risque thérapeutique minimal. L’interrogatoire de l’enfant et de ses parents est capital. L’examen clinique doit être minutieux.

Dès l’apparition des premières dents, un apport contrôlé de fluorures est possible. Les dents sont nettoyées à l’aide d’une compresse ou d’une brosse à dents adaptée à l’âge, imprégnées d’une solution fluorée ou d’un dentifrice à 250 ppm. En cas de risque carieux élevé, de caries précoces, cet apport est recommandé.

Dès l’apparition des premières molaires temporaires, une quantité minime de dentifrice faiblement dosé (250 à 500 ppm) doit être utilisée, du fait de l’ingestion possible par l’enfant. Le brossage doit être effectué par une personne ayant la dextérité nécessaire. La quantité de dentifrice peut augmenter avec l’âge et la maturité, mais doit rester faible tant que l’enfant ne sait pas cracher. En fonction de sa dextérité, l’enfant peut se brosser seul, mais toujours sous surveillance.

Lorsque l’enfant sait cracher, vers 6 ans, il est recommandé d’utiliser un dentifrice dosé entre 1000 et 1500 ppm. Lorsque le risque carieux est important ou en période d’éruption des dents permanentes, il est possible d’associer d’autres formes de topiques (vernis, bain de bouche, gels fluorés).

Pour la voie systémique, c’est le rapport bénéfice anticarie / risque de fluorose qui importe. Chez les enfants sans risque de carie, une supplémentation médicamenteuse n’est pas recommandée. Chez les enfants à risque de carie, l’utilisation d’une supplémentation fluorée reste possible, après un bilan rigoureux des apports en fluorures. Une seule source complémentaire d’apport systémique est acceptable. Les
comprimés devront être sucés autant que possible afin d’y associer un effet topique.

Ces recommandations correspondent à celles reconnues aujourd’hui par la profession, via l’Union Française pour la Santé Bucco-Dentaire (UFSBD). Dans la lutte contre la carie, le fluor seul ne peut rien. Il est un élément, parmi d’autres, comme le sont, une alimentation équilibrée, un brossage de qualité, la pose de scellements de sillons et un environnement bactérien et salivaire favorable.


HALTE AUX CARIES : SCELLEMENT DE SILLONS RIME AVEC PREVENTION ! - Dominique DROZ-DESPREZ

Le « scellement de sillons » consiste en un soin de prévention de la carie dentaire chez l’enfant. Les sillons sont représentés par les creux de la face supérieure de la dent. Les poils de la brosse à dents ne pouvant pénétrer tout au fond de ces « puits » et « fissures », ils constituent un excellent refuge pour les débris alimentaires et bactéries !

La mise en place de matériaux de scellement des puits et fissures a pour but de prévenir ou d’arrêter le développement de caries naissantes, en formant une barrière physique étanche aux bactéries responsables.

Le scellement des sillons est une démarche qui s’inscrit dans une philosophie préventive globale. Pour être efficace, il doit reposer sur un diagnostic fiable et être mis en place de manière rigoureuse.

La décision thérapeutique est primordiale : elle est fondée non seulement sur le diagnostic d’absence de carie avancée -qui atteint la dentine, partie sensible de la dent- après un examen clinique rigoureux mais aussi sur l’évaluation du risque carieux.

Comment le chirurgien-dentiste établit-il son diagnostic ?
Les radiographies ne mettent en évidence que les lésions importantes ayant déjà atteint la dentine. Cliniquement, pendant très longtemps, la sonde et le miroir étaient utilisés pour évaluer l’état des sillons. Mais le simple fait d’exercer une pression importante avec une sonde dans un « puits » déminéralisé peut entraîner une aggravation. Le diagnostic repose donc sur l’examen soigneux de la dent, nettoyée et sèche, avec des outils et un environnement adaptés tels que des optiques grossissantes sous un éclairage adéquat.

L’évaluation du risque carieux
Elle repose sur le risque général du patient (antécédents médicaux, expérience carieuse, hygiène bucco-dentaire, bilan nutritionnel, régularité dans le suivi dentaire...) et individuel de la dent (taille de la dent, morphologie des puits et fissures, niveau d’éruption, qualité de l’émail...).

Le scellement de sillons concerne donc toute dent définitive non cariée chez des sujets à risque carieux mais aussi toute dent définitive non cariée présentant des puits et fissures chez les sujets à risque faible de carie. Tout patient, quelle que soit son activité carieuse, doit être suivi régulièrement pour vérifier tout changement éventuel des facteurs de risque. Actuellement, les premières et deuxièmes molaires permanentes, avant l’âge de 14 ans, font l’objet d’une prise en charge et d’un remboursement par l’Assurance Maladie, au même titre que les autres soins conservateurs.

L'intervention consiste à fermer les fissures de la face supérieure de la dent à l'aide d'une résine polymère, qui agit un peu comme une couche de vernis protectrice. Elle n'est pas douloureuse et ne nécessite aucune anesthésie.

L’étanchéité du scellement en garantit l’efficacité. Pour cela, chaque étape de mise en place est soignée : la surface à sceller est minutieusement nettoyée, l’isolation durant la pose de l’agent de scellement reste le facteur primordial de réussite comme pour tout collage.

Un scellement de sillons tient plusieurs années. Il faut toutefois réaliser une visite de contrôle chez le chirurgien-dentiste tous les six mois, afin de vérifier que le scellement ne s'use ou ne se décolle pas au fil du temps.

 
 
 
imprimer