visuel-presse-communication


Haut

Biologie



Pathologie et thérapeutique
Version : 2000
Auteur : Martine Bonnaure-Mallet, Alain Woda, Michel Goldbe

PARODONTITES ET RISQUES INFECTIEUX


- La Cavité buccale : un « réservoir » de bactéries

A de rares exceptions près, l'enfant naît avec une cavité buccale stérile. L'acquisition des premiers micro-organismes va survenir dès les premières minutes de la vie : bactéries essentiellement, mais aussi virus et levures.
Après 24 heures, un nouveau-né peut présenter jusqu'à 2,8 x 108 bactéries par millilitre de salive. Si quelques espèces seulement sont détectées dans la cavité buccale durant les premiers jours, rapidement, surtout avec l'apparition des dents, plus de 450 espèces différentes sont recensées, représentant jusqu'à 600 000 bactéries par goutte de salive, et plus de 200 millions au sein d'un milligramme de plaque dentaire.
La cavité buccale appartient au carrefour aéro-oro-pharyngé. Ce carrefour est une zone d'échanges et un réservoir potentiel de pathogènes, en lien avec l'extérieur, par le tube digestif, l'arbre respiratoire, la circulation générale.
Les micro-organismes récemment introduits pourront :
- transiter dans la cavité buccale avant d'être ingérés et détruits par l'acidité gastrique,
- rentrer en compétition avec la flore préexistante et occuper un habitat, une niche écologique.
L'acquisition de nouveaux micro-organismes peut aboutir à une intégration dans la flore saprophyte, ou être associée à une pathologie aiguë ou chronique. Elle peut être aussi le point de départ d'une dissémination à distance.
Le Congrès de l'ADF sera l'occasion de faire le point sur tous ces cas de figures, en insistant sur la transmission buccale des maladies infectieuses, la transmission des parodontites et sur les risques généraux liés aux maladies parodontales.

Parmi la flore buccale nombreuse et variée, plusieurs catégories d'agents infectieux potentiellement pathogènes peuvent disséminer à partir de la cavité buccale.
Il s'agit de micro-organismes associés à des pathologies chroniques :
. les streptocoques
. les levures
. les bacilles à Gram-positif et à Gram-négatif du biofilm associé à un parodonte sain ou à des parodontites
. les bactéries de l'endodonte infecté et des infections osseuses
- de micro-organismes moins fréquents tels le bacille de la diphtérie...
- d'agents pathogènes projetés dans les particules de salive : virus de la rage, hépatite B...
Ces agents infectieux peuvent engendrer des pathologies dont la gravité dépendra de la charge en micro-organismes, de la réaction de l'hôte, de l'organe cible, mais dont les mécanismes d'action ont souvent des points communs.

A côté de ces pathogènes véhiculés par voie orale, d'autres pathogènes résidents de la cavité buccale entraînent des pathologies in situ : la carie - les maladies parodontales.
La transmission mère-enfant de certaines des bactéries responsables de la carie, en particulier Streptococcus mutans, a fait l'objet de nombreux travaux. Des études récentes montrent que l'acquisition des paro-pat hogènes se produit tôt chez l'enfant : parfois même avant l'apparition des dents. Les modes et sources de transmission varient selon les pathogènes incriminés : Actinobacillus actinomycetemcomitans peut être transmis par chacun des parents à l'enfant, de même que Porphyromonas gingivales. Les réservoirs pour la trasmission/acquisition de Prevotella intermedia et Prevotella nigrescens paraissent plus variés. La connaissance des réservoirs de pathogènes, des modes de transmission et de réensemencement, est indispensable pour mettre en place une politique de prévention et d'interception efficace.

Les progrès conjoints de la microbiologie buccale et de la médecine permettent aujourd'hui d'affirmer que les infections dento-parodontales sont des maladies à risques généraux.
Nous savons actuellement qu'en plus des streptocoques oraux, les pathogènes parodontaux anaérobies peuvent être détectés dans des infections à distance de la cavité buccale. Ils peuvent être impliqués dans les pathologies cardio-vasculaires, des abcès cérébraux, des infections cutanées...

Ces différents constats cliniques, associés aux études microbiologiques, font prendre une autre dimension aux pathologies bucco-dentaires. En étant de réelles pathologies à risques, la transmission et la dissémination de micro-organismes à potentiel pathogène doivent être prévenues par des mesures d'éradication efficaces. Ces mesures s'inscrivent dans une dynamique à bénéfice direct pour l'individu et sa communauté, dans laquelle le principal acteur est le chirurgien-dentiste.

Source: Martine Bonnaure-Mallet


VERS LE CONTROLE DE TOUTE LES DOULEURS

- Un diagnostique difficile

Parce qu'elles sont à cheval sur les domaines d'intervention du chirurgien-dentiste et du médecin, certaines douleurs au long cours de la bouche et de la face sont mal connues, mai prises en charge et peu ou pas étudiées. Leurs noms savants, glossodynie, stomatodynie, odontaigie atypique, algie faciale atypique et, dans une certaine mesure, les ADAMs (algies dysfonctionelles de l'articulation temporomandibulaire) cachent mal l'ignorance du praticien.
La première tâche de ce dernier est de reconnaître qu'elles existent et causent de véritables détresses physique et morale et ce en dépit de l'absence de signes visibles de maladie. En effet, pour celui qui observe « il n'y a rien à voir ». La tentation est donc grande de nier la réalité « organique » de cette douleur et de la rejeter dans le domaine psychologique. Le patient échappe rarement à un définitif «c'est les nerfs» qui aggravent son désarroi.
La première tâche des professionnels est donc de reconnaître leur existence et d'apprendre à les diagnostiquer.

- Les signes de « reconnaissances »

Il s'agit d'une douleur buccale, péribuccale ou faciale qui ne suit pas un trajet nerveux.
Elle est présente depuis plus de 4 à 6 mois, ou revient périodiquement sous la même forme sur une durée supérieure à plusieurs mois ou années, elle est continue, présente pendant tout ou partie de la journée et n'interfère pas ou peu avec le sommeil.
Elle ne se présente pas sous la forme de crises brèves et violentes.
Il n'existe pas de cause organique indiscutable au vue de l'examen radiologique et des examens de laboratoire.
Ces douleurs sont nettement prédominantes chez les femmes et s'accompagnent quelquefois d'un contexte dépressif ou anxieux.
En général, faire un diagnostic aboutit à énoncer un nom de maladie ce qui débouche sur la mise en route d'un traitement'adapté. Rien de tel pour ces douleurs orofaciales idiopathiques car les traitements font cruellement défaut.
Le choix du traitement passe encore plus que de coutume par une compréhension des mécanismes de la maladie. Le praticien doit donc essayer de déterminer le ou les mécanismes intimes et cachés qui causent ces douleurs spontanées et sans cause apparente.
Cette démarche doit être conduite en laboratoire, lors des expérimentations de recherche.

Différentes pistes sont actuellement suivies
Ainsi la variation du taux d'hormones sexuelles féminines pourrait être une des causes de ces douleurs. On note en effet une diminution des algies musculaires et articulaires à la ménopause et une prédominance de femmes ménopausées dans la population atteinte d'algies atypiques.
L'existence fréquente d'un traumatisme préalable à l'apparition des douleurs fait penser à une lésion nerveuse.
L'existence d'une irritation inflammatoire, mécanique ou infectieuse est également fréquemment observée ainsi que l'existence d'un contexte dépressif ou anxieux. Ces différents facteurs pourraient concourir seuls ou ensemble à une modification des cellules composant le système nerveux périphérique et central, et donc à l'installation de dysfonctionnements à l'origine de douleurs propres au système nerveux qui sont appelées « douleurs neuropathiques ».

- Les traitements

De nombreux spécialistes pensent que l'identification de ces mécanismes est nécessaire pour qu'un traitement adapté puisse être mis en oeuvre.
Les thérapeutiques actuellement disponibles sont nombreuses : orthopédiques, pharmacologiques locale et générale, blocage transitoire ou durable de la conduction des messages nerveux, élimination des irritations locales, manoeuvre de surstimulation visant à intervenir sur les contrôles physiologiques de la douleur, rééquilibration hormonale à travers les traitements de substitution, identification des éléments anxieux, etc.
Les traitements doivent être mis en oeuvre par des praticiens formés à ces techniques, le plus souvent dans le cadre de centres de la douleur ou / et de consultations pluridisciplinaires où interviennent et collaborent des médecins, des dentistes, des psychologues, et d'autres catégories de thérapeutes.

- La recherche

Il y a peu de domaine où la recherche scientifique ait autant apporté à la prise en charge des malades que celui de la douleur. Il reste cependant beaucoup à faire.
Les mécanismes des douleurs neuropathiques, y compris dans la sphère buccale et faciale, sont l'objet de recherches effectuées dans de très nombreux laboratoires dans le monde. La recherche scientifique est aussi entrée dans le domaine de la clinique. Désormais les intuitions cliniques sont de plus en plus souvent testées et leurs validités sont ainsi démontrées ou réfutées avant d'être diffusées.
De la conduite d'un dialogue à égalité entre sciences et activité clinique dépend la solution du nouveau défi que lance à la dentisterie l'émergence de ces douleurs idiopathiques orofaciales.

Source: Alain Woda


HIV / SIDA: UN NOUVEAU SIECLE, UNE NOUVELLE MALADIE

Chaque époque de l'humanité a exprimé ses cauchemars autour d'une ou de plusieurs grandes pathologies: grandes pestes du Moyen-âge, syphilis de la Renaissance et, à une époque plus récente, tuberculose de dames aux camélias ou sanatoriums-mouroirs.
Aujourd'hui, alors que les cancers et les maladies cardio-vasculaires interviennent pour une part largement majoritaire parmi les causes de mortalité, seul le Sida grimace et porte le masque atroce des peurs ancestrales.
Pour ce qui concerne le Sida et le virus de l'immunodéficience, si l'épidémie tend à marquer légèrement le pas dans les pays dits riches, grace à l'information et à la prévention, les ravages qu'il effectue dans les pays sous-développés sont considérables. Cependant, où que ce soit, les chirurgiens dentistes soignent chaque jour des patients simplement séropositifs ou déjà sidéens, et c'est leur devoir de praticien de s' en occuper au mieux.
Encore faut-il qu'ils inscrivent leurs thérapeutiques dans un contexte biomédical plus vaste, qu'ils travaillent en convergence avec les autres membres de l'équipe soignante et sachent bien identifier les besoins qui s'expriment au niveau de la cavité buccale.
Il fallait donc inscrire ces préoccupations vis à vis de cette grande pathologie dans le cadre du congrès ADF.

Françoise Barre-Senoussi, qui identifia le virus avec l'équipe de l'Institut Pasteur, traitera de la pathogénie de l'infection HIV et de son évolution.
Willy Rozenbaum parlera de l'évolution de la maladie face aux thérapeutiques récentes.
Interviendront également au cours du Congrès, John et Déborah Greenspan, tous deux pathologistes, enseignants-chercheurs. à San Francisco, où l'épidémie a surgi. Ils ont effectué les premières études cliniques, prescrit et interprété les analyses biologiques qui ont permis de mieux comprendre les mécanismes du développement de la maladie, grace a leurs travaux de recherche et à leurs publications. Un dernier conférencier, P.Ghys, donnera un aperçu d'ensemble sur l'évolution de la maladie dans le monde.

L'objectif de cette séance : aider les chirurgiens-dentistes dans leur confrontation avec cette pathologie qui a contribué d'ores et déjà à modifier leurs pratiques de décontamination et de stérilisation des instruments.

Source : Michel Goldberg
Président scientifique du Congrès

 
 
 
imprimer