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Odontologie conservatrice



L'odontologie en Europe
Version : 2002
Auteur : Dr Y. Haïkel, Dr Patrick Hescot

I. L'EUROPE FACE A LA CARIE

Séance C53 du vendredi 29 novembre - 9h30 - 12h30


La carie dentaire n'est pas une fatalité, c'est une maladie infectieuse transmissible provoquée par des bactéries cariogènes de la cavité buccale organisées en plaque dentaire. Plusieurs facteurs favorisent son développement. La déminéralisation des tissus calcifiés de la dent est provoquée par les acides organiques que produit le métabolisme des sucres des bactéries de la plaque dentaire.
Jusqu'à ces dernières années, la dentisterie s'était focalisée sur le traitement mécanique et chirurgical des séquelles de la carie dentaire. Actuellement, la réduction du nombre de caries et de la taille des lésions ont entraîné une évolution des traitements. Une meilleure connaissance de la maladie permet d'anticiper sur l'apparition de ces lésions. Le chirurgien-dentiste peut prévenir et contrôler la maladie et, dans le cas où elle serait installée, arrêter ou rendre réversibles les lésions initiales par des thérapeutiques non invasives.
Le diagnostic devient donc provisoire, seules les lésions actives sont restaurées.

Les chirurgiens-dentistes concentrent aujourd'hui leurs efforts sur des programmes cibles qui visent des patients ou groupes à haut risque carieux.
Il s'agit :
- de prévenir le développement de la carie par une information et une instruction du patient aux techniques d'hygiène bucco-dentaire visant à éliminer le facteur étiologique ;
- de prévenir les récidives des caries par un contrôle mécanique professionnel de la plaque réalisé de façon périodique ;
- de prévenir, ralentir, arrêter ou rendre réversibles les lésions carieuses initiales par reminéralisation, en appliquant un vernis au fluor à raison de 2 à 4 fois par an en fonction du risque carieux ;
- de restaurer a minima les lésions actives par des matériaux bio actifs ou esthétiques ou de réparer les restaurations existantes.

Est-il possible aujourd'hui, en Europe, de vivre avec ses dents en bonne santé et de finir sa vie avec toutes ses dents ?

De façon générale, bien que la prévalence des caries ait diminué de façon notable chez les jeunes adultes dans plusieurs pays européens économiquement développés, la carie continue d'être la principale cause de l'édentation. Cependant, il existe des variations entre les différents pays européens. Au sein de chacun de ces pays, on trouve encore des individus et des groupes à risque qui présentent des prévalences curieuses élevées.

Un questionnaire de 25 items portant sur l'alimentation, le fluor, le brossage, la salive, les matériaux, le rôle des professionnels et d'autres facteurs a été envoyé à 52 experts internationaux des pays industrialisés pour répondre à la question : Quelles sont les raisons principales qui font que les personnes âgées de 20 à 25 ans ont moins de caries que celles d'il y a 30 ans ?

- Seul le fluor contenu dans les dentifrices a été retenu par 40 experts (63%) sur les 52 consultés comme le facteur déterminant expliquant à lui seul la diminution de la carie (A l'heure actuelle, 90% des dentifrices vendus dans les pays industrialisés contiennent du fluor) et on estime que plus de 450 millions de personnes utilisent régulièrement des dentifrices fluorés, mais ceci ne représente que 10% de la population mondiale

- Le rôle de l'élimination de la plaque dentaire par le brossage semble controversé. Par ailleurs, la réduction de la carie ces trois dernières décennies coïncide avec l'augmentation exponentielle de l'usage des antibiotiques, mais ce facteur n'a pas été retenu par les experts ! Cependant des particularités existent, au Japon par exemple, la carie décline depuis 1970 alors que l'usage du fluor est resté limité mais la consommation des sucres a diminué pendant cette même période.

A travers l'expérience de 4 pays européens du nord au sud, la Suède, l'Allemagne, la France et l'Espagne, il est intéressant de connaître le chemin parcouru ces 30 dernières années dans la lutte contre la carie dentaire, de comprendre les progrès réalisés, de confronter les programmes de prévention.

- A titre d'exemple, la Suède avait la prévalence carieuse la plus élevée du monde et maintenant la plus réduite !

Dans la ville de Värmland, où la prévalence carieuse la plus élevée de Suède est enregistrée, un programme de prévention a été mis en place en 1979 pour les enfants depuis leur naissance jusqu'à l'âge de 19 ans. Le programme de prévention de la carie est focalisé sur les groupes, les individus, les dents et les sites à risque. Une prise en charge de nettoyage prophylactique par des professionnels et une application de vernis fluoré à des intervalles réguliers en fonction du risque a été mise en place. L'incidence carieuse a été réduite dans plus de 90% dans tous les groupes d'âge. Le nombre de faces cariées ou obturées à l'âge de 12 ans et de 19 ans est passé respectivement de 6 à 0,3 et de 23 à 2 . Dans une étude longitudinale menée sur 15 ans dans un groupe d'âge de 65-85 ans, 0,2 dents en moyenne ont été perdues et seulement moins d'une carie s'est développée pendant cette période. Cette expérience, propre à une région de la Suède, montre que préserver ses dents pour la vie est une réalité qui correspond à une volonté politique et économique
Cependant, les besoins en traitement dans les pays nordiques restent considérables en restauration des dents dans toutes les tranches d'âge mais aussi en traitement prothétique dans les tranches d'âge avancées.

- En Allemagne, le CAO à l'âge de 12 ans est passé de 3,9 en 1989 à 1,7 en 1997 mais reste stable pour les tranches d'âge 35-44 ans (17 environ) et 65-74 ans (23 environ).

- En France, le CAO à 12 ans est passé de 4,24 en 1987 à 2,59 en 1991. Les raisons de ce déclin de la carie sont multifactorielles, cependant deux facteurs communs à l'ensemble des pays industrialisés sont mis en avant à savoir la consommation croissante de dentifrices fluorés et l'augmentation du niveau de vie de la population française. Des spécificités françaises existent par rapport aux autres grands pays européens telles que l'organisation d'un système de santé dentaire, l'organisation de la prévention, la législation, la protection sociale...

Le défi actuel réside dans la réduction des inégalités de la population française devant la carie. Il nécessite un redéploiement des objectifs et des stratégies spécifiques adaptées à des groupes à risque élevé pour lesquelles les méthodes traditionnelles sont limitées. L'orientation professionnelle et l'investissement du secteur public dans la santé dentaire restent les grands inconnus !

- En Espagne, le CAO à 12 ans est passé sur une période de 20 ans de 4,2 à 1,12 en 2000. Dans le groupe d'âge 35-44ans la situation est restée relativement stable mais continue a être élevée pour la tranche d'âge 65-74 ans. Pendant ces trois dernières décades, l'odontologie en Espagne a énormément changé : le nombre de professionnel s'est multiplié par 5 entre 1980 et 2000 ; en 1986, la formation professionnelle est passée d'une spécialité de médecine à une formation universitaire indépendante ; plusieurs programmes de prévention chez l'enfant ont été introduits en Espagne ; le niveau d'hygiène bucco-dentaire a été augmenté

Quel est le rôle des programmes de prévention, de l'utilisation des dentifrices fluorés, des vernis fluorés, des scellements de sillons, de l'augmentation du niveau de vie, de l'augmentation de la prise d'antibiotiques, de l'évaluation des patients ou des groupes à risque carieux ?

Autant de questions d'actualité qui sont posées aux experts des 4 pays qui sont invités à s'exprimer lors de cette séance européenne !

Source: Docteur Y. Haïkel


LA PRISE EN CHARGE DES PATIENTS ET LES DIFFERENTS SYSTEMES DE SANTE EN EUROPE


Séance Forum du mercredi 27 novembre - 9h30 à 12h30

Alors qu'un véritable débat se fait jour en France sur le rôle de l'Etat et le niveau d'implication et de prise en charge de l'Assurance Maladie dans le cadre de la santé dentaire, il est apparu intéressant de comparer, à l'occasion du Congrès de l'ADF, les différents systèmes de santé et de financement existant en Europe.

« L'Europe sociale » entraînera-t-elle une harmonisation des systèmes de santé ? Quelles sont leurs avantages et leurs inconvénients pour la santé de la population ? Ces questions seront abordées par la présentation de témoignages sur les systèmes existants actuellement en Angleterre, Allemagne, Finlande, Italie et France.

Aujourd'hui, on peut estimer qu'il existe trois types de systèmes de santé :

- un système public basé sur la prise en charge complète des problèmes bucco-dentaires par l'Etat, c'est le cas de l'Angleterre et la Finlande.
Le praticien est un employé, il perçoit une rémunération fixe, indépendante de son niveau de performance. L'accent est mis sur la prévention et la responsabilisation du patient est difficile ; il est soumis au système sans valorisation individuelle.

- un système avec assurance géré par l'Etat qui permet aux praticiens de pratiquer librement, mais, sous contrôle des accords contractuels prévus par la loi.
Le système fonctionne sur l'ensemble ou partie des prestations de santé possibles mais est directement lié à la richesse du pays ou à la volonté politique d'accorder ou non les moyens financiers d'une politique de santé de haut niveau.
Ce systèmes est appliqué en France et en Allemagne.

- un système régi par le droit privé totalement libre où l'Etat n'intervient jamais, c'est le cas de l'Italie et de la Suisse.

Les soins sont alors performants tout en n'étant accessibles qu'à une partie de la population ayant les moyens financiers de se les payer. Les autres se trouvent exclus du système de santé et si l'Etat ne fait rien pour eux, les résultats sociaux sont mauvais voire indésirables.


Est-il possible d'envisager des situations intermédiaires de ces trois systèmes ?

Est-il possible d'envisager une redéfinition du « panier de soins » ou plutôt du « panier de santé dentaire », autant de questions à soulever par les professionnels dentaires pour répondre à leur mission de santé publique.

Source: Docteur Patrick Hescot

 
 
 
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