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Pathologie/Chirurgie



Pathologies générales et santé bucco-dentaire: coopération entre les disciplines médicales
Version : 2003
Auteur : Damien Duran

Pathologies générales et santé bucco-dentaire: coopération
entre les disciplines médicales
Séance du samedi 29 novembre – 9h30 – 12h30 (D62)


Si le chirurgien-dentiste est le spécialiste de la dent, il est aussi le spécialiste de la bouche. L’article L 373 du Code de la Santé Publique définit ainsi sa capacité professionnelle : « la pratique de l’art dentaire comporte le diagnostic et le traitement des maladies de la bouche, des dents et des maxillaires » Dans ce contexte, le chirurgien-dentiste est amené à avoir une étroite collaboration avec ses confrères médecins.

Le chirurgien-dentiste doit dépister, reconnaître les manifestations buccales d’une pathologie générale, et plus particulièrement ses aspects les plus précoces. Ensuite, il réfère ce patient dont la pathologie n’avait pas encore été diagnostiquée au médecin généraliste ou spécialiste.
Un des exemples les plus caractéristiques réside dans le diagnostic précoce des cancers de la cavité buccale. En pratique, plus de 30 000 chirurgiens-dentistes en exercice examinent en moyenne 10 à 15 patients quotidiennement, ce qui représente un potentiel de diagnostic précoce énorme. Ce potentiel s’inscrit parfaitement dans la priorité nationale donnée par le Président de la République à la lutte contre le cancer.

Le chirurgien-dentiste est amené de plus en plus fréquemment à soigner des patients à l’état général perturbé. En effet, les progrès de la médecine, de la chirurgie, l’augmentation de la durée de la vie et le vieillissement de la population qui en découlent, conduisent dans nos cabinets un pourcentage régulièrement plus important de patients qui présentent une ou plusieurs pathologies générales associées très souvent à une polymédication.

Certains de ces malades ambulatoires sont des malades soignés, équilibrés, qui retrouvent une vie sociale à peu près normale et désirent bénéficier des mêmes soins bucco-dentaires que les personnes bien portantes. Dans ces circonstances, le chirurgien-dentiste devra prendre toutes les précautions pour que ses actes ou ses prescriptions ne viennent pas perturber un équilibre souvent installé avec difficulté. Pour cela, il devra solliciter le médecin afin que celui-ci lui précise la pathologie du patient et les facteurs de risque (hémorragique, infectieux, toxique) qui en découlent. Avec ces informations, le chirurgien-dentiste mettra en oeuvre les gestes et les précautions qu’il juge utiles. A ce stade, il est très important que la communication entre médecin et chirurgien-dentiste soit de qualité. En effet, le médecin ne connaît pas forcément les difficultés techniques du chirurgien-dentiste, et celui-ci n’appréhende pas systématiquement les subtilités de telle pathologie ou telle thérapeutique.

L’utilisation de l’adrénaline est un exemple frappant.
L’adrénaline est une substance que l’on retrouve dans nos solutions anesthésiques et qui permet d’améliorer considérablement la qualité de nos anesthésies locales. L’adrénaline est également une substance présente dans notre organisme sous le nom de catécholamines qui interfère dans de nombreuses fonctions : cardiaque, vasculaire, respiratoire, endocrinienne. Très souvent encore, nos confrères médecins nous interdisent l’utilisation de l’adrénaline de crainte que ce médiateur interfère de façon néfaste sur l’équilibre de ces fonctions. Or, la non-utilisation de cette substance dans nos anesthésiques augmente nettement le risque d’une anesthésie de moins bonne qualité, qui majore elle-même un stress qui libérera de l’adrénaline endogène dans une proportion mille fois supérieure à celle que nous aurions injectée. Nous aboutissons à l’effet inverse de celui escompté, d’autant plus que la très faible concentration d’adrénaline préconisée pour nos solutions anesthésiques entraîne peu ou pas d’effet systémique. La concertation entre les différents acteurs de santé doit lever toute ambiguïté.

D’autres malades nous sont adressés par nos confrères médecins : les dénutris, les gastrectomisés pour une réhabilitation de la fonction masticatrice, les valvulopathes, les immunocompromis, les diabétiques pour l’éradication des foyers infectieux. A ce sujet, nous soulignerons que le diabète peut favoriser les infections et que toute infection peut favoriser le déséquilibre du diabète. Dans cet exemple, nous saisissons parfaitement la coopération nécessaire entre le chirurgien-dentiste et le diabétologue. Enfin, nous citerons le patient sous chimiothérapie qui souffre de ses gencives et va être soulagé par des moyens locaux.

Pour ces patients qui lui sont adressés, il est important pour le chirurgien-dentiste d’identifier le malade qui pourra être traité au cabinet dentaire et celui qu’il devra ré-orienter vers des praticiens plus qualifiés ou des plateaux techniques plus lourds.
Nous évoquerons également les patients que nous adressons au médecin pour mener à bien nos propres traitements : l’institution d’un relais héparinique chez un patient sous anticoagulant et qui doit subir des avulsions, ou la mise en place d’un traitement hormonal qui permettra au chirurgien-dentiste d’obtenir un meilleur pronostic d’une infection récidivante des gencives (parodontite). Enfin il n’y a pas que nos confrères somaticiens que nous sollicitons, devant une glossodynie (douleur de la langue) ou une autre douleur chronique à forte composante psychique nous sommes heureux de confier complémentairement notre patient au psychiatre.

La médicalisation des études de chirurgie dentaire permet une meilleure coopération avec nos confrères médecins. Cette coopération médecins / chirurgiens-dentistes se développe également par le biais de la formation continue professionnelle. Dans le cadre de ce congrès, à partir de trois situations cliniques l’athéromateux, le patient sous anti-coagulant, le diabétique , nous demandons au médecin et au chirurgien-dentiste de définir conjointement les moyens et la mise en oeuvre nécessaires à la prise en charge de ces patients.


Source : Dr Damien DURAN

 
 
 
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