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Pathologie/Chirurgie



Handicap, dépendances, et santé bucco-dentaire : état de la question en Europe et en France
Version : 2003
Auteur : Martine Hennequin

Handicap, dépendances, et santé bucco-dentaire :
état de la question en Europe et en France
Séance Du Vendredi 28 Novembre 14h30 17h30 (C54)


En France, la santé bucco-dentaire est un domaine ou s’exprime l’une des plus fréquentes inégalités sociales pour les personnes handicapées.
En effet les personnes handicapées, ont plus de besoins dans ce domaine et la réponse à ces besoins n’est pas fournie par le réseau national de soins dentaires. Ainsi, les patients à besoins spécifiques en santé orale, qui représentent environ 10% de la population du pays n’ont pas accès à la santé bucco-dentaire.
Cette session du Congrès ADF 2003, réalisée dans le cadre de l’année européenne du Handicap, vise à réunir les partenaires professionnels et association d’utilisateurs, afin de faire le point sur les dispositifs et les engagements nécessaires à l’organisation de la prise en charge de ces patients en France.


Des besoins spécifiques
Les processus infectieux comme les caries et les maladies des gencives se développent de manière plus intense que pour les personnes de la population générale.
Par ailleurs, les personnes handicapées présentent plus de risques de traumatismes, du fait de la fréquence des chutes.
Enfin, les fonctions orales, déglutition, mastication et phonation sont également souvent perturbées.

Les difficultés d'intervention aggravent le développement de ces pathologies. Ainsi, les déficiences cognitives, les troubles du comportement, sont responsables de la faible coopération des personnes handicapées. Ces personnes ont une grande expérience du milieu médical, et ont souvent vécu des situations difficiles, voire douloureuses, qui renforcent leur anxiété et leur opposition. De ce fait l’accès aux soins et à la prévention pour ces personnes nécessitent plus de temps et impliquent, en préalable, la gestion sur un plan cognitivo-comportemental ou pharmocologique des troubles du comportement.
Les décisions thérapeutiques diffèrent également de celles qui sont prises pour la population générale. Elles doivent prendre en compte l’existence des troubles systémiques fréquemment présents, comme l’épilepsie, les cardiopathies, les troubles respiratoires et doivent également s’intégrer dans le projet de vie de la personne handicapée, et considérer les demandes des familles et des institutions.


Les difficultés de soins pour ces personnes doivent inciter à la mise en place des mesures de prévention et d’éducation pour la santé orale.
Cependant, pour les personnes dépendantes, le brossage des dents relève de la famille ou des personnels médico-éducatifs des centres spécialisés. Or, le fait qu’une personne se brosse les dents depuis l’enfance, n’implique pas qu’elle soit capable de le faire pour un tiers. De plus, rien, dans la formation du personnel médico-éducatif ne cible la santé dentaire, et en France il n’existe pas de corps professionnel dont la mission cible la prévention des maladies bucco-dentaires, comme c’est le cas pour les hygiénistes chez nos voisins européens. En conséquence, l’hygiène bucco-dentaire des personnes dépendantes est insuffisante, ce qui favorise le développement des pathologies infectieuses.


Nécessité d’une prise en charge adaptée
Pour la plupart de nos voisins européens, ces personnes sont traitées dans un cadre spécifique, où sont accueillies les personnes physiquement, mentalement ou médicalement déficientes. Les systèmes de santé, les cadres administratifs, l’organisation professionnelle ont permis d’apporter des réponses à ce problème de santé publique. Dans certains pays, la santé orale des personnes handicapées relève de services communautaires, largement répartis sur le territoire, et/ou d’un cadre administratif adapté qui valorise les actes réalisés pour cette population. Dans d’autres pays, les actes ont pu être valorisés pour permettre la prise en charge par le réseau libéral.

En France, aucune structure adaptée aux besoins de cette population n’a été individualisée, tant sur le plan administratif que matériel.
Rares sont les services hospitaliers dont l’activité est entièrement centrée sur ces populations, et les coûts générés par les techniques de sédation, par la spécificité des installation et par la formation des personnels ne sont pas clairement identifiés et restent à la charge du patient ou de sa famille.
Par ailleurs, rares sont les structures de formation des praticiens. Les Universités n’ont pas identifié la nécessité d’une formation académique, et cependant, il est clair que l'exercice libéral conventionné de la dentisterie, qui représente le mode d’exercice dominant en Odontologie n'est pas adapté pour recevoir les patients handicapés.

Les difficultés d’accès aux soins, ont récemment été évaluées chez 204 familles d’enfants porteurs d’une trisomie 21. De manière significative, les parents ont plus de difficultés à trouver un médecin pour leur enfant trisomique que pour leurs autres enfants, et ce degré de difficulté est doublé lorsqu’il s’agit de consulter un dentiste. De plus, même lorsque ces enfants consultent un dentiste, ils reçoivent moins de soins que leurs frères et sœurs, et ce, bien que leurs besoins soient plus importants.

L’obstacle à la prise en charge par le secteur libéral est en fait directement lié au manque de coopération du patient qui conduit le praticien à transiger sur les modalités du traitement ou à renoncer à ce traitement.
En 1995, 179 chirurgiens dentistes du Puy de Dôme ont participé à une enquête organisée avec le concours du conseil de l’ordre départemental.
Parmi ces praticiens, 87% recevaient des patients handicapés pour lesquels ils pouvaient prendre en charge les besoins en soins, 63% avaient en charge des patients handicapés pour lesquels ils avaient du augmenter la durée et le nombre des séances de soins, ou faire des compromis dans les soins réalisés ; 42% des praticiens déclaraient avoir reçu des patients handicapés pour lesquels ils avaient dû renoncer aux soins. Parmi ces situations la plupart des patients ont été adressés à un service hospitalier, mais dans 4% des cas, aucune solution n’a pu être apportée à la demande de soins.


Conclusion
Les problèmes dentaires sont des causes fréquentes de douleur et une source non négligeable de déficiences et de handicaps. On peut donc considérer qu’en France, dans le contexte actuel, la plupart des personnes handicapées subissent un sur-handicap, du fait de l’absence d’une prise en charge adaptée. Ces évènements infectieux et douloureux aggravent les troubles systémiques et comportementaux de ces patients. D’autre part, lorsque les extractions se multiplient, les difficultés de nutrition et de socialisation de ces personnes peuvent s’en trouver aggravées.


Malgré les importantes améliorations apportées dans le domaine du diagnostic prénatal et de la prévention des maladies, qui induisent une diminution de l’incidence des handicaps, les prévisions montrent que la prévalence du handicap ne diminuera pas du fait de l’augmentation de la longévité de cette population. Les maladies du vieillissement viennent augmenter les effectifs de la population concernée par une prise en charge spécifique en santé bucco-dentaire. En conséquence, les modalités autorisant les soins thérapeutiques et les actions de prévention et d’éducation pour la santé doivent être développées.

Les différents partenaires professionnels ordinaux, universitaires, hospitaliers et syndicaux et les responsables des caisses doivent se mobiliser pour répondre à ce problème. Plus particulièrement, les mesures envisagées doivent cibler la formation des professionnels et la définition d’un cadre administratif adapté au surcoût généré par la spécificité des besoins de ces personnes.


Source : Pr Martine Hennequin

 
 
 
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