Nous avons
un goût pour l'innovation

La profession dentaire ne peut appréhender l’IA uniquement comme un apport technologique de plus. Elle doit participer à la coconstruction de ses usages et à sa régulation. C’est le sens de la démarche initiée par l’UFSBD depuis 4 ans. Le Dr Benoît Perrier*, son président, nous explique comment cette mutation du métier est envisagée par les praticiens.
Publié le 20 septembre 2021

LES CHIRURGIENS-DENTISTES TÉMOIGNENT-ILS DE L’APPÉTENCE POUR L’IA ?

Dr Benoît Perrier : Notre profession a le goût de l’innovation. Mais la mutation engendrée par l’IA entraîne une scission entre deux types de praticiens : les technophiles qui apprécient et utilisent déjà ces technologies, parfois sans connaître ce qu’elles impliquent réellement, et les autres pour qui l’IA relève encore de la science-fiction alors qu’ils s’appuient probablement déjà sur ces technologies sans le savoir ! L’IA est déjà dans nos pratiques et nous devons nous en préoccuper car elle impacte la responsabilité des chirurgiens-dentistes. Nous devons mieux la connaître pour pouvoir l’utiliser à bon escient.

Pour que tout le monde s’engage dans cette mutation, nous devons accompagner les praticiens. C’est pourquoi nous développons actuellement un programme d’e-learning qui va donner des bases, notamment éthiques, juridiques et pratiques pour les applications qui existent déjà en cabinet dentaire, mais aussi permettre de mieux connaître les limites de l’IA. Par exemple dans le traitement de l’imagerie en radiologie, certains dispositifs avec de l’IA embarquée ne permettent pas d’obtenir l’image originale sans traitement IA. C’est une information qu’il faut connaître au moment d’acheter du matériel. Notre démarche consiste à donner des clés de compréhension, à révéler les usages mais aussi les responsabilités et les devoirs qui vont avec ces avancées.

L’IA EST-ELLE PERÇUE COMME UNE ÉVOLUTION INÉLUCTABLE DU MÉTIER ?

BP : Dans les faits, l’IA est une évolution inévitable ! La profession doit s’emparer du sujet. Nous devons accompagner ceux qui ont le moins d’appétence, qui ont peur d’une certaine déshumanisation. Au contraire, l’IA peut permettre au praticien de se concentrer sur le côté clinique, d’améliorer la qualité du diagnostic ou de dégager du temps pour sa relation au patient qui reste au cœur du métier. Face à ces technologies, nous devons rester vigilants malgré tout. Le praticien doit toujours garder son esprit critique. Il incarne la garantie humaine.

LES PRATICIENS ONT-ILS DES CRAINTES PAR RAPPORT À LA SÉCURITÉ DES DONNÉES DE SANTÉ COLLECTÉES, NOTAMMENT QUANT À LEUR RESPONSABILITÉ PROFESSIONNELLE ?

BP : Ils n’ont pas toujours conscience de leur responsabilité. Au niveau informatique, même en dehors de l’IA, les praticiens ne se rendent pas compte parfois de la responsabilité qui peut peser sur leurs épaules du fait du manque de sécurité informatique dans leurs cabinets. Notre profession est depuis longtemps immergée dans la technologie mais a finalement peu suivi les évolutions du cadre réglementaire sur ces aspects. Les nouvelles technologies ne se gèrent pas seules ! La sauvegarde des données de santé dans les cabinets est un grand défi. Vis-à-vis des patients, nous avons des responsabilités et notamment un devoir d’information quant à l’usage de leurs données traitées par l’IA. 

AVEC L’IA, DE NOUVELLES PRATIQUES VONT SE METTRE EN PLACE PEU À PEU EN CABINET. DES DISPOSITIFS DE FORMATION EXISTENT-ILS DÉJÀ POUR PERMETTRE D’APPRÉHENDER CES AVANCÉES THÉRAPEUTIQUES (DANS LE CADRE DU DPC PAR EXEMPLE) ?

BP : La formation continue sera capitale pour établir un socle commun de connaissances. Nous souhaitons ainsi mettre à disposition d’ici fin 2021 un module de formation en DPC autour de l’intelligence artificielle. Il permettra d’éclairer les praticiens, les former, les accompagner sur les différents aspects que recouvrent l’utilisation d’une telle technologie en balayant des questions de gestion, d’éthique, d’usage. Ce programme mettra à contribution différents intervenants spécialistes, pionniers, qui ont travaillé depuis de nombreuses années sur ces enjeux-là. Les praticiens ont besoin de cet accompagnement et nous souhaitons leur proposer un programme de référence.

L’IA est un domaine vaste, parfois difficile à appréhender. Mais ses nombreuses applications peuvent apporter une vraie valeur ajoutée au quotidien comme, par exemple, la gestion d’agenda au cabinet, l’aide à lecture d’image radiographique, l’identification d’implants, la prise d’empreintes numériques ou le suivi des patients à domicile. Le programme Oralien mis en place par l’UFSBD en est une illustration. Il permet d’avoir un véritable feed-back sur l’hygiène dentaire pour des publics fragiles. N’oublions pas que l’enjeu de la santé bucco-dentaire se passe essentiellement dans les gestes de tous les jours. Nous devons agir sur les déterminants du quotidien pour mieux soigner. La technologie peut vraiment nous aider sur ce point pour être plus en lien avec les patients.

CERTAINS PAYS SONT-ILS PLUS AVANCÉS QUE NOUS EN MATIÈRE D’IA EN DENTAIRE ? AVONS-NOUS À APPRENDRE D’AILLEURS ?

BP : Même si ces technologies sont issues de collaborations mondiales, il existe toutefois un savoir-faire français en IA. Nous n’avons pas à rougir face à nos voisins ! En revanche, au sein des cabinets dentaires, les pratiques d’investissements peuvent varier, notamment parce que l’organisation de la santé est différente selon les pays. Dans les usages, nous sommes aussi précurseurs en France parce que nous avons engagé des réflexions éthiques qui aident au développement des solutions et à l’appropriation des pratiques.

Oralien associe intelligence algorithmique et contacts humains

Le programme Oralien créé par l’UFSBD s’appuie en partie sur l’intelligence artificielle, développée par Dental Monitoring, pour proposer un suivi personnalisé et dans la durée aux personnes âgées dépendantes et en situation de handicap. Son atout majeur c’est sa simplicité car il fonctionne avec un objet que tout le monde utilise : le téléphone. Il s’appuie sur une application qui pose des questions très précises afin de définir les risques. Des algorithmes analysent les réponses et les croisent avec une vidéo du patient en réalité augmentée produite à partir des photos prises grâce au téléphone. Ces images sont hébergées sur une plateforme sécurisée. 
Cette nouvelle surveillance à distance permet d’alerter quant à la nécessité de prévoir une consultation chez le chirurgien-dentiste. Elle offre aussi la possibilité d’indiquer une fréquence pour le suivi afin d’installer un rythme de visite chez le praticien.

Ce programme est simple. Pourtant il requiert énormément de technologies. L’intelligence artificielle analyse notamment les images de façon extrêmement fine. Le rapport qui est transmis à l’Ehpad ou à la structure médico-sociale permet d’agir plus rapidement pour améliorer la situation du patient. Il peut aussi être envoyé avant un rendez-vous chez le praticien, ce qui améliore l’efficacité de la visite. Ce partage d’informations rend le travail plus efficient pour tous les intervenants. Même si le rendez-vous annuel en cabinet reste indispensable ! 

Oralien est un dispositif global qui comprend aussi des séances de formation pour les personnels soignants afin d’éveiller leur attention sur la santé bucco-dentaire des personnes prises en charge. Il permet également d’utiliser les données du rapport pour améliorer l’hygiène quotidienne des patients et rendre plus efficace le rapport avec le chirurgien-dentiste. L’intelligence artificielle d’Oralien aide chacun à mieux remplir son rôle. 

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