En Europe,
le métier
n'est pas
enraciné
de la même
façon

Publié le 15 avril 2022

Dans une étude publiée en 2021, l’Observatoire des métiers des professions libérales (OMPL) a examiné le métier d’assistante dentaire à travers l’Europe. Une matière riche en enseignements au moment où la profession française travaille à la création d’un statut d’“assistante dentaire de niveau 2”.

Des pratiques inspirantes

C’est à la demande de la CPNEF-FP (Commission Paritaire Nationale de l’Emploi et de la Formation Professionnelle) de la branche des cabinets dentaire libéraux que l’étude de l’OMPL, portant sur la Belgique, le Royaume-Uni, le Danemark, l’Allemagne, l’Italie et la Roumanie, a été réalisée.

L’objectif ? Servir de source de réflexion aux pouvoirs publics français et aux partenaires sociaux sur l’évolution du métier d’assistante dentaire face aux enjeux actuels (concurrence des centres dentaires, regroupement des cabinets, mobilité des salariés à travers l’Europe, demande croissante de soins préventifs ou plus spécialisés…).

Délégation ou substitution, deux partis pris bien différents

La délégation d’actes existe dans 5 des 6 pays étudiés et la substitution dans 4 d’entre eux. Si la délégation permet la réalisation d’actes dentaires par une assistante (ou un hygiéniste) sous la stricte autorité du chirurgien-dentiste, la substitution permet en revanche la pose de diagnostic et la réalisation d’actes de soins en toute autonomie.  

L’étude de l’OMPL précise que « la délégation et la substitution ont prouvé leur efficacité : à la fois levier économique pour les cabinets, levier de santé dentaire pour les patients et les systèmes de santé et levier d’évolution pour les personnels ».

Des nuances dans l’organisation des cabinets dentaires

4 organisations types de cabinets dentaires sont également mises en exergue. Ce qui change ? La composition et la spécialisation des équipes, la délégation d’actes et les modes de management.  

L’Allemagne et le Royaume-Uni s’appuient plutôt sur des équipes élargies (10 à 15 professionnels), diversifiées, avec des assistantes dentaires spécialisées en soins et administration, managées de façon verticale, ayant recours à la délégation d’actes via une formation certifiante. Ces cabinets ont déjà intégré les mutations d’activité en cours de réflexion en France.

Le Danemark fonctionne quant à lui avec des équipes diversifiées de 8 à 10 professionnels, avec des assistantes dentaires polyvalentes pouvant réaliser des actes délégués dès la sortie de leur formation initiale. Une part de substitution existe aussi via les hygiénistes. Le management y est plutôt horizontal.

En Belgique et en Italie, à l’instar de la France, les équipes sont de plus petite taille (4 à 6 professionnels) et polyvalentes. Le management est centré autour du chirurgien-dentiste. La délégation et substitution d’actes sont peu à peu intégrées via la création récente de la profession d’hygiéniste dentaire. Contrairement à la France, le métier d’assistante dentaire est en cours de structuration et l’étendue de leurs missions limitée.

En Roumanie, les équipes affichent une taille modérée (6 à 8 professionnels) et sont polyvalentes. Le management est organique. Aucune délégation ni substitution n’est intégrée. Le métier d’assistante dentaire y est aussi en cours de structuration et souffre d’un manque d’attractivité. 

Un métier assez uniforme en Europe

L’étude de l’OMPL souligne que, sur le vieux continent, “l’organisation de base des cabinets européens s’articule autour de chirurgiens-dentistes généralistes, d’assistantes dentaires et de fonctions support (secrétariat, accueil). Le binôme chirurgien-dentiste/assistante dentaire occupe toujours une position centrale, réaffirmant ainsi le caractère structurant du travail à quatre mains”. Tout comme en France, sont aussi présentes l’assistance à la périphérie des soins (stérilisation…) ainsi que les tâches administratives relatives aux dossiers des patients.

Dans les 6 pays étudiés, le contenu des formations initiales d’assistante dentaire est assez similaire : des enseignements préparant aux missions socle avec un temps minimal de formation théorique autour de 300 h et une formation pratique importante (ateliers en centre de formation, stages, apprentissage). 

La durée des formations initiales varie toutefois. En Allemagne, au Danemark et au Royaume-Uni où une part de délégation d’actes existe, la formation initiale se déploie sur 2 à 3 ans. En Belgique et en Italie, les formations sont courtes et professionnalisantes (6 mois à 1 an). Elles sont souvent destinées aux profils en reconversion ou aux demandeurs d’emplois. Il faut remarquer aussi que la prise en charge de la formation est très variable. Elle peut aller d’un financement à 100% par le stagiaire à une prise en charge par le praticien qui se verra octroyer un dédit formation (temps incompressible où la personne formée restera en poste dans le cabinet).

Quant au métier d’hygiéniste dentaire, il se fait une place progressivement dans les pays observés, contrairement à la France. “Émergent en Belgique et en Italie, il est plus solidement installé au Royaume-Uni, au Danemark et en Allemagne”, pointe l’étude. “L’hygiéniste réalise des missions socle d’examen et de diagnostic, des soins prophylactiques, voire des soins conservateurs sans anesthésie.” Leur degré d’autonomie varie selon la structuration de la profession dentaire : actes uniquement délégués en Allemagne, substitution limitée en Italie et en Belgique, et très étendue au Royaume-Uni et au Danemark (l’exercice indépendant y est même possible). Il est important de noter que le type de système de soins et de prises en charge des soins sont deux facteurs importants entre la substitution ou la délégation. Plus il y a une prise en charge, plus nous sommes dans le cadre de la délégation.

Quelles pistes d’action ?

En France comme en Europe, le métier d’assistante dentaire manque d’une image positive. Cette mise en perspective réalisée par l’OMPL met en évidence différentes pistes d’actions parmi lesquelles, l’élargissement des missions des assistantes dentaires, l’introduction de la délégation d’actes et la structuration des parcours professionnels afin d’améliorer l’attractivité du métier.

Ces conclusions ont permis à la CPNEF-FP de nourrir ses réflexions et d’avancer sur le sujet. Lors d’une conférence organisée durant le congrès 2021 de l’ADF, les contours de ce que pourrait être le métier d’assistante dentaire de niveau 2 ont ainsi été exposés.

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