Demain
c'est déjà aujourd'hui pour les soins dentaires

Fondateur de l’initiative académique et citoyenne Ethik-IA qui accompagne le secteur de la santé en matière d’intelligence artificielle, David Gruson nous livre son regard d’expert sur le développement de ces technologies au sein de la profession dentaire.
Publié le 20 septembre 2021

L’IA EN SANTÉ OUVRE DE NOUVELLES PERSPECTIVES (DIAGNOSTIC, PERSONNALISATION DES TRAITEMENTS, ETC.). QU’EN EST-IL POUR LES SOINS BUCCO-DENTAIRES ?

David Gruson : Les soins bucco-dentaires sont l’un des principaux domaines de déploiement de l’intelligence artificielle. On la retrouve ainsi dans la prise en charge du patient, l’aide au diagnostic, avec notamment la reconnaissance d’image par apprentissage machine qui permet grâce à des algorithmes de détecter sur une image médicale le signe ou l’absence de signe d’une pathologie. Il existe aussi des outils très concrets comme l’automatisation d’interprétation des panoramiques dentaires ou encore l’IA de modélisation de prothèses où l’intelligence artificielle 3D va venir métaboliser des données pour mieux préciser le type de prothèse dentaire à réaliser.

S’y ajoute un autre angle plus en devenir pour l’IA appliquée aux soins bucco-dentaires, comme pour l’IA en général, c’est l’IA de pilotage par les données. Les données de santé bucco-dentaire d’une population déterminée, sur un territoire défini, vont alors permettre de déduire des actions de prévention. Des programmes globaux s’engagent actuellement à ce sujet sous l’égide de l’UFSBD. Mais la construction de ces outils va nécessiter plus de temps de montée en charge. 

Autre développement, le pilotage des fonctions supports c’est-à-dire l’aide à la gestion du back office du cabinet dentaire sur les aspects administratifs, financiers, RH, prises de rendez-vous… avec à la clé, un gain de temps médical.

Et si on évoque l’IA au sens large, s’ajoutent aussi des applications robotiques. Par exemple, des bras qui interviennent dans la prise en charge des patients ou l’automatisation de certains fauteuils dentaires. Le domaine des soins buccodentaires est en avance de phase sur ces sujets, un peu comme l’a été sur un tout autre aspect la biologie où depuis 20 ans se développent des chaînes automatisées de prises en charge des examens de laboratoire. La robotisation des cabinets bucco-dentaires est engagée depuis une quinzaine d’années maintenant. Une nouvelle étape s’annonce avec le positionnement d’outils d’aide au diagnostic qui accompagnent ce mouvement de robotisation. Évidemment, cela pose la question des enjeux éthiques à mettre en place pour accompagner ce mouvement.

GRÂCE À L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE, L’EXPÉRIENCE PATIENT VA DONC SE TRANSFORMER PETIT À PETIT ?

DG : Oui, tout à fait. Quand on met bout à bout les différents vecteurs, l’expérience patient est renouvelée avec un diagnostic à l’efficacité renforcée et une facilitation des démarches administratives dans la prise de rendez-vous, l’accès au cabinet. La qualité de prise en charge pour le patient s’améliore. C’est aussi le déploiement de nouveaux outils d’évaluation des pratiques. Cela permettra de projeter l’expérience patient en cabinet bucco-dentaire sur une autre échelle. 

S’ajoutent également des capacités de téléexpertise. Quand le praticien sera face à son patient dans son cabinet, il pourra solliciter plus facilement l’expertise d’un confrère si la situation nécessite de maîtriser une spécialité qui n’est pas forcément la sienne. 

Pour pouvoir engager ces pratiques, un cadre éthique est impératif. C’est le sens de la notion de « garantie humaine » du numérique et de l’intelligence artificielle. Une notion qui a été pensée avec l’ADF et l’UFSBD et qui est intégrée dans la loi de Bioéthique. Son article 11 prévoit en effet le principe d’une supervision humaine lors du déploiement de l’IA en santé. La profession dentaire a été pilote du sujet avec le déploiement des premiers collèges de garantie humaine associant représentants de la profession et des patients. Deux actions pilotes sont déjà mises en œuvre avec le soutien de l’UFSBD.

LE QUOTIDIEN DES CHIRURGIENS-DENTISTES
SERA-T-IL DIFFÉRENT DANS LES ANNÉES À VENIR ?

DG : Oui, à condition que ces changements soient anticipés. Au sein du système de santé, nous sommes face à deux catégories de professionnels, ceux qui ont une attitude passive quant à ces évolutions et d’autres qui essayent de les appréhender et de les réguler. La profession dentaire a été force d’anticipation en intégrant des initiatives de sensibilisation des professionnels et en engageant la préparation des premières actions de développement professionnel continu. Elles devraient voir le jour dans les prochaines semaines. La profession dentaire est l’une de celles qui a le plus anticipé. Nous sommes face à des écosystèmes professionnels, à l’ADF comme à l’UFSBD, qui se préparent activement à l’intelligence artificielle et à sa régulation éthique.

QU’EN EST-IL DU RAPPORT PATIENT–PRATICIEN ?
LE DÉVELOPPEMENT DE L’IA NE RISQUE-T-IL PAS D’ALTÉRER LES LIENS DE CONFIANCE ENTRE EUX ?

DG : C’est aussi une des vocations de cette notion de garantie humaine. L’objectif est de garder l’humain au centre du dispositif en développant des outils de supervision du déploiement de l’IA dans sa conception algorithmique comme dans la vie réelle à travers l’application concrète de ces outils. Il existe une vraie volonté d’élargir le devoir d’information du professionnel à son patient sur le recours à ses outils. Il s’agit de créer un cadre qui permettra de renforcer le dialogue pour qu’à chaque fois que le praticien fera appel à une solution d’intelligence artificielle, il puisse en informer son patient.

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